Archives de catégorie : Culture/Procrastination

A Desert, de Joshua Erkman

Film étatsunien de 2024. Alex est photographe sur le retour. Muni d’un ancien appareil photo à soufflet, il photographie des lieux abandonnés dans l’Ouest américain. Lors d’une session d’exploration il fait la rencontre de Renny et Suzie Q, un couple de white trash qui n’ont pas l’air d’avoir ses meilleurs intérêts à cœur…

J’ai beaucoup aimé la première partie, la photographie est très belle (et y’a une bande son diégétique très chouette à base de jazz quand on dans la voiture d’Alex), que ce soit dans les lieux urbexés, dans le motel ou en extérieur. Moins fan de la seconde, où on comprend moins ce qui se passe et où le film présente de nouveaux enjeux de façon assez random.

Festival de Rue de Ramonville, 2025

Playback FM :

(Compagnie : Pour que tu m’aimes) Un seul en scène où un comédien (Valentin Dilas) fait du playback sur plein d’extraits d’émissions de télé françaises des années 50 à nos jours. Incarnant tour à tour Pécresse, Dalida, Salamé, Gainsbourg, Nina Simone, Emmanuel Macron et des présentateurices débordé·es par leurs invité·s, et d’autres personnages de la télé française. Playback très juste et texte forcément figé, les mimiques et les postures corporelles permettent de réinterpréter ce qui est dit (parfois c’est fidèle à la posture du discours original, parfois en décalage). La perf est assez impressionnante, et le regard sur les médias, leur vacuité parfois, le besoin de mettre en scènes des moments, les postures de communication, est bien transmis.

Fidji

(Compagnie : La Dépliante). Seul en scène avec performances de cirque (sangle, saltos). Un homme cherche son chat. Prenant à partie le public, il va dérouler des anecdotes, construisant un personnage de fier-à-bras mythomane qui laisse apparaître finalement des blessures. Un peu d’impro avec le public, des passages qui partent plus en live (à la limite de raconter de la fantasy).

Stek

(Compagnie : Intrepidus Squad) Clowns flippants. Dans un décor en déchets, 4 clowns se battent pour une baguette de pain. Le spectacle est divisé en deux parties assez distinctes. Si la première partie présente un univers de marginaux un peu inquiétants mais attachants, il y a un pivot quand un des personnages décide de quitter le clown, et tue son habit de clown. En soi cette idée me semble intéressante à exploiter, mais le spectacle bascule ensuite dans quelque chose de plus sombre, limite militariste. Si les performances restent très bien (avec notamment un rap qui sort un peu de nulle part mais très bien performé), l’ambiance de cette seconde partie m’a beaucoup moins accroché.

Phusis

(Compagnie : Muchmuche Company) Mon préféré du festival, et le plus perché aussi. Un musicien (avec une vielle à roue et une batterie) , un performeur. Du jonglage avec des quilles, de l’équilibre avec les quilles et une branche d’arbre, une performance avec une table, des solerets d’armure et une tronçonneuse. Difficile à décrire, mais j’ai été vraiment emporté par la proposition.

AirPulse

(Compagnie : La Brüme) Dernier spectacle que j’ai vu du festival. Dans un environnement industriel, 2 musiciens (clavier+platines et batterie) et 2 performeuses se livrent à un msytérieux travail, répondant aux commandes d’un téléphone qui sonne périodiquement. C’était visuellement (et musicalement) très cool, avec de la pyrotechnie à base de bolas et bâton de feu notamment, avec des chorégraphies en duo (soit en miroir très synchronisé soit avec un entrelacement des deux performeuses qui avait l’air assez technique), par contre je n’ai pas trop compris le propos (mais c’est pas obligé d’en avoir un)

In vitro, de Tom McKeith et Will Howarth

Orphan Black x God’s Own Country

Film australien de 2024. Layla vit avec son mari Jack sur une ferme isolée dans l’outback australien. Suite à un dysfonctionnement de l’installation, Layla découvre des éléments assez perturbants sur Jack.

Recommandé ! En étant un minimum genre-savvy vous voyez voir très rapidement les deux gros reveal du film, mais il n’empêche que le sujet est très bien traité : bien filmé (très beaux paysages, très chouette d’avoir un film de SF dans un contexte qui n’est pas une ville avec des beaux gratte-ciel futuristes), les acteurs sont très bons (notamment celui qui joue Jack, dont le passage de mari aimant à psychopathe est très réussi), la sororité instinctive de Layla est bien mise en scène

Ash, de Flying Lotus

Film étatsunien de 2025, SF horrifique. Une femme se réveille amnésique, dans un module d’habitation sur une planète extraterrestre. Tous les autres occupants du module sont morts. On frappe à la porte du module…

Les images sont jolies, mais le scénario est étique. On voit de fortes influences d’Alien et surtout de The Thing, mais en moins réussi et en très dérivatif. J’ai pensé que le twist allait être qu’on suivait le point de vue de the Thing mais qui n’avait pas conscience de l’être (parce qu’elle serait une copie trop parfaite), ce qui aurait pu faire de l’horreur existentielle assez intéressante (et un peu de body horror vue « de l’intérieur »), mais même pas, notre héroïne impeccablement maquillée est bien une gentille fille, les flashback où elle tue des gens c’est bien parce que les gens sont devenus méchants, she never did anything wrong in her life.

Donc bon, bof.

Salve Maria, de Mar Coll

Film catalan paru en 2024. María, écrivaine catalane, vient d’avoir un enfant, Eric. Son compagnon est chercheur, il promet sans cesse de prendre son congé paternité (il se dit féministe, après tout), mais il faut bien qu’il finisse de travailler sur l’article qu’il a en cours, il ne peut pas laisser son travail et ses collègues en plan. María est donc seule avec Eric, qui lui semble perpétuellement en train de pleurer ou de vomir, dans leur appartement un peu perrave. Un jour elle apprend par le JT qu’un infanticide a eu lieu dans un quartier de sa ville. Elle devient obsédée par le sujet, qui lui semble un matériau pour son prochain roman. Alors que María s’enfonce dans une dépression post-partum, elle décide de partir rencontrer l’autrice de l’infanticide.

Le film emprunte certain des codes de l’horreur, ce qui m’a un peu fait attendre un film d’horreur tout du long, alors que pas vraiment, j’ai interprété certains personnages ou comportement comme relevant des conventions de l’horreur (évidemment que l’héroïne est seule et que son mec est absent et ne comprend rien, la copine/fan un peu chelou qui insiste pour la voir a probablement un lourd secret…) alors que visiblement cette horreur n’est que dans la tête de l’héroïne. Mais du coup j’en suis sorti avec une vision assez différente des personnes avec qui j’étais allé le voir, qui étaient en mode « beaucoup trop réaliste sur les mecs absents lors de la naissance de l’enfant » et s’étaient plus focalisé sur la violence psychologique du personnage masculin (j’étais aussi la seule personne de genre masculin, mais sûrement ça n’a rien à voir avec le fait de moins percevoir des comportements qui servent le patriarcat, right ?)

Le film est aussi très bien filmé, avec des plans qui font largement usage des reflets (dans des flaques d’eau, des vitres, des rétroviseurs…), des scènes à la montagne et à la mer et de façon générale une photographie qui permet de faire passer les variations de l’état intérieur de l’héroïne d’une scène à l’autre.

A little life, de Hanya Yanagihara

Roman étatsunien paru en 2015. Willem, JB, Malcom et Jude sont cothurnes à l’Université. JB et Malcolm viennent de famille relativement aisées et aimantes, le passé de Willem et Jude est plus troublé. Après une première partie où le livre va décrire la vingtaine des trois premiers, leur caractère, leur relation, le livre va de plus en plus se focaliser sur la vie de Jude, de sa rencontre des trois autres à sa mort, avec des flashbacks sur son enfance. C’est bien écrit, c’est prenant (j’ai lu les 700 pages en anglais en moins de 5 soirs), mais c’est fucking dark. On comprend rapidement que l’enfance de Jude a été l’enfer sur Terre (et si au départ le livre l’évoque à mot couvert, on finit par en savoir beaucoup plus – sans que ce soit du tout graphique, mais on est mis dans la peau de Jude à cette époque), et que la perception qu’il a de lui-même, de ce qu’il peut attendre des relations avec les autres en a été a jamais affecté. Et même si sa vie adulte est globalement très confortable (même s’il y aura aussi des trucs atroces, parce que ce roman, l’ai-je mentionné, est super sombre), il est incapable de sortir de ses schémas de pensée. J’ai tendance à être émotionnellement impliqué dans mes lectures, mais j’ai lâché le bouquin plusieurs fois pour pleurer.

Au delà du sujet donc, le livre est globalement très bien, quelques faiblesses cependant : on voit venir l’outcome de la relation Harold/Jude d’assez loin (mais tout le reste du roman était largement moins prévisible), et globalement à l’âge adulte l’ensemble des personnages et des gens qu’iels fréquentent vivent quand même dans un monde enchanté où tout le monde est upper-class (ils ont lâché tous leurs potes pauvres ou quoi ?) et sans préjudice (ni racisme ni homophobie, alleluia), ce qui clashe un peu avec l’horreur du reste.

Bref, c’était un bon roman, mais du rare genre « bon mais jamais je recommande à personne de lire ça ».

Journal pauvre, de Frédérique Germanaud

Roman? français de 2018, qui couvre l’année scolaire 2014-2015. L’autrice raconte son quotidien durant une année où elle a pris un congé sabbatique (qui débouchera sur une rupture conventionnelle) pour avoir plus de temps à consacrer à elle-même et à son activité d’écrivaine. Divisé en 12 chapitres qui couvrent autant de mois, l’autrice raconte son quotidien par fragments, le temps qu’elle a pour se consacrer davantage à l’écriture et à d’autres projets, ou pour faire des activités liés à la frugalité : glaner des fruits, marcher au lieu de prendre les transports en commun…

Lorraine brûle, de Jeanne Rivière

Roman français de 2025. La narratrice vit à Metz, joue dans des groupes de punk et d’autres styles non commerciaux, élève son fils de 12 ans – Tarzan – et deux cochons d’Inde, travaille à Nancy et se tape 2h de TER par jour, vole dans les supermarchés et bois des coups avec ses copines.

C’est la chronique d’une vie précaire et par moment bien merdique (suicides et cancers d’ami.es notamment), mais aussi avec plein de bons moments. Sympa à lire mais pas renversant. Un style avec des chapitres courts conclut à chaque fois par un factoïde de la narratrice sur les piscines qu’elle fréquente, où la nage est un moyen de s’échapper temporairement du monde.

The Ten Thousand Doors of January, d’Alix E. Harrow

Roman fantastique étatsunien paru en 2019. Années 1900. January Scaller est élevée par son tuteur dans une opulente propriété du Vermont et le respect d’une multitude de règles. Son père parcourt le monde pour trouver des curiosités archéologiques, elle ne le voit que rarement. Un jour, January découvre au milieu d’un champ au centre des États-Unis une porte qui mène à une falaise au dessus d’un océan. En parallèle, un livre qu’elle trouve par hasard dans sa maison va lui en apprendre davantage sur ces portes entre les mondes et sur deux de leurs utilisateurices.

C’était pas désastreux mais c’était clairement sous-exécuté par rapport au concept de départ. On voit venir certaines révélations à des kilomètres. Les personnages positifs sont attachants mais vraiment trop des goody-two-shoes, et les méchants sont entièrement maléfiques. Après l’autrice écrit bien donc on se laisse porter, mais de la même autrice lisez plutôt The Once and Future Witches, ou pour le même thème mieux traité lisez His Dark Materials.

Médée et ses enfants, de Ludmila Oulitskaïa

Roman russe paru en 1996. Médée Sinopli habite en Crimée. Dernière descendante d’une famille grecque de Tauride à habiter sur place, elle représente une forme de continuité pour les habitants du village où elle demeure, ainsi que pour sa famille éparpillée dans l’URSS. On suit à la fois un été des années 70 où (comme chaque été) ses neveux et nièces à des degrés divers viennent lui rendre visite, et l’histoire des différents membres de la famille depuis la mort des parents de Médée jusqu’à la mort de Médée elle-même.

C’était bien. Un côté portrait de famille plutôt réussi (avec en toile de fond les évolutions politiques de la région au cours du XXe siècle, mais comme la famille s’en tient le plus éloigné possible, c’est vraiment lointain).