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Pour une politique de l’amitié, de Clémence Guetté

Court essai politique français publié en 2026. La députée insoumise détaille les droits nouveaux qu’il lui semble pertinent de créer, pour faciliter la reconnaissance du statut que les ami.es ont dans la vie des gens de nos jours :

  • Congé pour le deuil d’un.e ami.e
  • Doublement des jours de congé enfant malade pour les parents solos et transférabilité à un.e proche
  • Création de logements sociaux dont l’architecture est pensée pour la colocation
  • Réforme de l’héritage
  • Création d’un statut de proche permettant d’accompagner plus facilement quelqu’un lors d’une maladie (statut pour le moment fortement recentré sur la famille biologique),
  • …

Elle retrace aussi en quoi l’amitié est pour elle une valeur progressiste, et un rempart contre le fascisme, sans s’illusionner sur le fait que cette valeur – comme beaucoup d’autres – puisse être réappropriée par le camp réactionnaire, mais en notant qu’il se focalise actuellement sur la cellule familiale comme unité de base de sa nation fantasmée.

Sans avoir l’impression d’avoir appris mille nouveaux trucs, surtout après avoir lu Nos puissantes amitiés, Post-romantique, Un désir démesuré d’amitié, … j’ai quand même bien aimé, et je trouve ça bien qu’une députée porte ce genre de propositions. C’est représentatif du travail intellectuel effectué par la France Insoumise et l’Institut La Boétie.

Une bonne intro au sujet.

Jone batzuetan, de Sara Fantova

Film basque paru en 2025. Jone vit à Bilbao. Elle se prépare aux Fêtes avec ses ami.es, elle drague une meuf à une peña, et en parallèle elle gère la vie dans sa famille, où son père vient de déclarer un parkinson précoce. C’était sympa de voir un film en partie tourné en basque, et de voir les Fêtes avec l’oeil de gens qui les préparent et les vivent comme une part récurrente de leur vie plutôt que du point de vue des touristes qui viennent les consommer. Les relations entre les ami.es du groupe et dans la famille sont bien rendues. La difficulté de se positionner comme aidant.e aussi, ainsi que la difficulté pour le père d’accepter qu’il n’est plus autonome sur certaines choses aussi quotidiennes qu’étendre le linge, surtout alors qu’il a élevé seul ses deux filles. La romance naissante avec Olga ne m’a pas trop touché par contre.

Frankenstein, de Guillermo del Toro

Film fantastique de 2025, adaptation du roman de 1818 de Mary Shelley (bon je dis fantastique à la lumière de l’époque de sortie du film, mais est-ce qu’à l’époque de la sortie du roman, ce n’était pas plutôt de la science-fiction ?).

C’est une histoire éternelle : Man mans ship, ship gets stuck in polar ice, man rescues man, man starts a nested story about how he defied the laws of nature, yadda yadda yadda. (ça me fait me demander si y’a pas des crossovers où Victor Frankenstein découvre la cité dans les montagnes Hallucinées en poursuivant sa créature, d’ailleurs). Bref, c’est Frankenstein, si vous connaissez pas l’histoire arrêtez d’être misogynes et allez lire l’œuvre la plus connue de la fondatrice de la SF.

Globalement j’ai trouvé ça très beau mais trop long, à vous les studios. Alors oui, tout le barouf sur Guillermo del Toro qui voulait faire Frankenstein depuis très longtemps, et ça colle bien au reste de son œuvre, certes, mais 2h30 d’histoire, quoi. Perso la jeunesse de Victor j’ai pas trouvé ça passionnant et terriblement freudien. Le pacte faustien de Victor avec son sponsor, le design de la tour où il travaille, les différents moments qui montrent que Victor est une horrible personne sont bien réussis. Le personnage d’Elizabeth (dans la posture classique chez Del Toro de la personne attirée par le monstre) est plutôt bien réussi, même si elle a une agentivité des plus restreintes (mais bon à part Victor et Adam, y’a pas grand monde qui a de l’agentivité dans cette histoire).

Colony, de Sang-Ho Yeon

Film de zombies coréen paru en 2026, par le même directeur que Dernier train pour Busan. Un congrès de biotechnologie se déroule à Séoul. Un chercheur viré d’une startup qui présente au congrès prévient qu’il va y commettre un acte de bioterrorisme. Il relâche un agent biologique qui transforme les gens contaminés en « zombies » : des créatures qui cherchent à répandre la contamination en attaquant d’autres humains, et qui peuvent coordonner leurs comportements grâce à des communications phéromonales. On va suivre un petit groupe de survivants qui tentent de rejoindre le toit du bâtiment pour être évacué, en exfiltrant au passage le chercheur à l’origine de la contamination, qui dit s’être injecté la contre-mesure à son agent biologique.

J’ai bien aimé, ça renouvelle un peu le film de zombies. Déjà parce qu’on sort des poncifs les plus gore du genre : les contaminés ne sont pas des mort-vivants, donc des blessures suffisamment graves les tuent – pas besoin de détruire le cerveau à chaque fois. Le côté coordination des infectés est intéressant aussi, même si je le trouve sous-exploité : on les voit apprendre des choses et se transmettre l’information, mais il n’y a pas de coordination type meute, ou d’actions réalisées à plusieurs corps comme s’ils avaient un esprit collectif (il faudra se contenter de Pluribus pour ça). Des persos plutôt réussis, avec notamment une bonne galerie de personnages féminins qui font avancer l’action (la relation entre Kwon Se-jeong et Gong Seol-hee est bien mise en scène – alors qu’elles sont présentées initialement comme l’ex et l’actuelle femme d’un personnage masculin, elles sont instantanément sortie du cliché de la féminité compétitrice et mises en scènes comme des chercheuses compétentes et avec un sens des responsabilités). On retrouve le thème du gouvernement incompétent qu’on peut avoir dans d’autres films coréens comme The Host, ou encore dans Shin Godzilla (mais bon c’est pas un thème spécifique au cinéma asiatique, on a aussi des films mettant en scène des gouvernements incompétents en Occident !)

Recommandé pour un film de zombie moderne – sans révolutionner le genre ça m’a plus parlé que 28 ans plus tard par exemple.

Private Rites, de Julia Armfield

Roman anglais paru en 2024. Isla, Irene et Agnes sont les trois filles d’un architecte célèbre, qui vient de mourir. Le monde dans lequel elles vivent est entrée dans une crise climatique continue. Londres est lentement submergée, et tout moisi, pourri, s’effondre. Malgré tout, les gens continuent d’aller au travail et de ne pas changer leurs routines. Les trois sœurs doivent se retrouver pour gérer les obsèques et la succession de leur père, mais elles ont des caractères radicalement différent et s’entendent très mal.

J’ai pas été convaincu. C’est visiblement une réécriture du Roi Lear, mais je suis pas assez familier avec Shakespeare pour que ça me saute aux yeux, et si les descriptions du monde qui coule doucement dans le chaos climatique est plutôt réussie, c’est pas très joyeux, et j’ai pas trop accroché aux personnages (on a un bref chapitre du point de vue des compagnes de deux des sœurs qui est mon préféré, mais il est bien trop court). J’ai lu la traduction française, ce qui n’a peut-être pas aidé à se mettre dans le rythme du roman, mais pas sûr que ce soit le truc qui ait fait que je n’ai pas accroché.

Four Mothers, de Darren Thornton

Film irlandais de 2024, remake d’un film italien de 2008. Edward est un auteur irlandais dont le premier roman est en train d’exploser aux US. Il hésite à aller faire une tournée sur place, mais il vit avec sa mère dépendante, qu’il n’ose pas laisser seule. À l’occasion de la pride de Maspalomas, deux de ses amis, puis son psy, lui laissent la garde de leurs mères respectives. Il se retrouve donc avec à la fois la garde de quatre femmes âgées et les appels de plus en plus insistants de son agente, et tente de gérer le tout avec l’aide amusée de son ex, aide-soignant qui va bientôt quitter le pays.

Le contraste entre le style de vie qu’Edward et ses amis veulent avoir, ie les clichés de la culture gay internationale, et leur vie réelle, à prendre soin de leurs mères respectives dans une petite ville irlandaise est bien rendue. Les différentes nuances de femme âgées irlandaises même si on a moins accès à leur intériorité qu’à celle d’Edward. Les différences générationnelles (et les points de convergence) sont bien mis en scène.

Recommandé.

120 battements par minute, de Robin Campillo

Film français paru en 2017, qui parle des actions et des membres d’Act Up-Paris dans les années 90. On suit Nathan, qui rejoint l’organisation et fait la connaissance de Sean. Les deux hommes vont nouer une histoire d’amour rythmée par les actions d’Act Up (die-in, distributions de moyens de prévention dans les lycées, intrusion dans les locaux de laboratoires pharmaceutiques, discussions animées dans les réunions hebdomadaires d’organisation, …) et la dégradation de l’état de santé de Sean, séropositif.

Le film est très beau, il réussit bien à montrer la lutte, dans ses côtés durs comme ses côtés festifs, les discussions (et les tensions) internes à Act Up sur le niveau de radicalité, les échanges qu’il faut avoir ou non avec les autorités, les laboratoires… L’histoire d’amour entre Sean et Nathan est aussi mise en scène de manière crédible – et les morts de Sean, et de Jérémy, un autre militant, sont particulièrement marquantes. On voit quelques scènes de vies de Nathan et Sean en dehors d’Act Up, qui développent un peu leur relation, mais l’essentiel du film est centré sur leur présence dans l’organisation – et on voit aussi le point de vue de quelques autres militants.

Recommandé.

Juste une illusion, d’Olivier Nakache et Éric Toledano

Film français paru en 2026. En 1985, Vincent a 13 ans. Il prépare sa barmitsva, traîne avec ses copains dans un vidéoclub, et tombe amoureux de sa camarade de classe avec qui il doit préparer un exposé. En parallèle, son père cache à ses enfants qu’il a perdu son emploi, sa mère passe une certification à l’utilisation de l’informatique et son frère revend des bootlegs de concerts de new wave.

C’était assez réussi. Il y a évidemment tout le côté « on replonge dans la France des années 80 » qui est assez réussi (mais qui devient la tarte à la crème de pas mal d’œuvres ces temps-ci), avec un léger point sur le fait qu’on est sur une famille (inspirée de celle des réalisateurs) de juifs séfarades qui viennent du Maroc et de l’Algérie (mais bon ça reste un peu en arrière plan, c’est pas un film ni sur la judéité ni sur l’immigration, tout le monde a un white passing). Les personnages sont tous bien réussis : le père notamment qui est à la fois touchant dans ses angoisses du chômage et son rapport à ses enfants et qui est un sacré idiot sexiste qui n’en fout pas une à la maison, le grand frère qui d’abord est en opposition frontale avec le héros avant de prendre plus une posture de mentor, le love interest qui veut faire chier les parents. Film très masculin par contre, vu que les deux seules femmes sont la mère et le love interest (en même temps, film sur un gamin de 13 ans dans les années 80, pas surprenant).

Très bonne bande son avec pas mal de morceaux « marqueurs de l’époques », complémentés de morceaux au piano de Gogo Penguin qui eux sont des années 2020.

Recommandé.

Decorado, de Alberto Vázquez

Film d’animation espagnol paru en 2025. Albert, une souris anthropomorphe, a l’impression que sa vie est une fiction, et que ses voisins l’observe. Refusant de prendre les pilules fabriquées par l’entreprise qui contrôle tout dans sa ville, il passe son temps à explorer les bois alentours, persuadé qu’un chemin permet d’en sortir et d’atteindre un dehors hypothétique…

C’était assez perché par certains points (random démon qui joue de la lyre dans les bois, la fée de la dépression, le suivi des déchets dans les égouts…), mais pas assez sur d’autres (largement pas assez de méta pour une œuvre sur le thème « est-ce que je vis dans le monde réel ou une mise en scène ») j’ai trouvé. Notamment une jolie DA (très belles couleurs notamment), quelques moments de glitchs, mais qui restent très éphémères plutôt que de changer vraiment le dessin qui reste tout le temps très classique. Il y a des moments où ça semble pas très bien « joué » (difficile à dire pour de l’animation), mais ça vient avec le propos « j’ai l’impression que ma vie est une fiction ». Pour aller plus à fond sur le sujet, j’irai plutôt sur des œuvres de Kaufmann (Synecdoche, New York notamment), sur Les Murailles de Samaris dans les Cités Obscures, ou sur le Truman Show.

Urbex Toulouse

Petite exploration sur un samedi, un bâtiment abandonné pas loin de Toulouse. On n’a pas trouvé de façon d’entrer dans le bâtiment lui-même, mais le parc à l’abandon était sympa et on a pu voir une dépendance. Jolie architecture de la façade, aussi.

Vue d’ensemble du bâtiment
Lampadaire dans le parc
Statue de lion
Serre
Serre
Détail dans la serre
Serre envahie de plantes
Statue dans le parc
Façade
Garonne à sec