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Au large des vîles, de Lucie Pierrat Pajot

Roman de science-fiction français paru en 2024. C’est de la littérature jeunesse au sens où les héro·ïne·s sont jeunes, mais sinon ça se lit à tout âge. Au XXIIe siècle, la Terre est dans un sale état, les continents ravagés par les impacts du changement climatique et des épidémies libérées par le dégel du permafrost. Deux échappatoires : pour les plus riches, les vîles, des villes flottantes qui offrent à leurs citoyens des enclaves tranquilles loin du tumulte du monde. Pour les autres, la Dentelle, une réalité virtuelle, où la Lemnistic Artefacts offre même aux plus doués de vivre à temps plein. On va suivre les tribulations de Prime, né du bon côté de la lutte des classes mais qui déteste le monde réel et voudrait vivre dans la Dentelle, et Bunny, qui vit sur un îlot-décharge, où elle trie les plastiques de l’Ancien Monde pour permettre la fabrication du lemnistique, une matière miraculeuse et recyclable à l’infinie. Évidemment leurs chemins vont se croiser…

Je n’ai lu que le tome 1 pour le moment, mais j’ai bien aimé (comme la série précédente de Lucie Pierrat-Pajot, Les Mystères de Larispem, d’ailleurs). L’univers maritime du XXIIe siècle est bien rendu, les révélations arrivent progressivement et les personnages ont une vraie profondeur (surtout Bunny).

Recommandé !

La Valle dei Sorrisi, de Paolo Strippoli

King Tide x Midnight Mass

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film d’horreur italien paru en 2025. Sergio est un ancien champion de judo reconverti en prof d’EPS. Il arrive dans le petit village de Remis, perdu dans les Alpes italiennes, où les habitant·es anesthésient leurs traumas en touchant Matteo, un adolescent qui semble doté d’un pouvoir mystérieux. Sergio va se lier d’amitié avec Matteo, en voyant l’humain derrière le sauveur attitré du village. Mais il s’avère que gérer des pouvoirs surnaturels quand on est en crise d’adolescence et recherche d’identité, c’est assez compliqué…

J’ai beaucoup aimé. L’ambiance est super bien rendue, le côté surnaturel + religion catholique fonctionne bien, ainsi que le côté isolé en montagne. Les personnages sont très réussis, notamment celui de Matteo, très bien écrit comme perso moralement ambigu qui se sert de ses pouvoirs pour le bien comme pour des raisons totalement égoïstes.

Recommandé, mon préféré passé par le festival cette année je pense.

Forte, de Kimbo Kim

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film d’horreur coréen paru en 2025. Yeonji, une jeune compositrice, décroche un poste au sein du studio Forte, qui signe des musiques de films. Le studio est perdu au sein de la montagne, les employés habitent sur place, et une rumeur dit qu’ils et elles deviennent tous fous un par un.

C’est un film d’horreur qui fonctionne à la vibe. Pas d’explications, mais des trucs qui se passent, des images comme celle d’un piano abandonné dans la forêt, et à nous d’interpréter. On comprend qu’il y a une forme de pacte entre la directrice du studio et une présence maléfique, et que le lien passe par la musique, mais le reste n’est pas très clair.

Le décor du studio, cube de béton perdu dans la forêt embrumé, est assez réussi. De façon générale la photographie est très nette et très belle, avec beaucoup d’images diurnes, ça change de la direction artistique de la majorité des films d’horreur.

Saccharine, de Natalie Erika James

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

It follows x Grave

Film australien paru en 2026. Hana et une étudiante en médecine qui a un problème d’image corporelle : elle voudrait être plus mince qu’elle ne l’est mais n’arrive pas à tenir les régimes auxquels elle s’astreint. Une camarade de promo lui recommande un traitement révolutionnaire point après avoir analysé une des capsules, Anna détermine qu’il s’agit de cendres humaine. Elle décide alors de fabriquer elle-même des capsules à partir d’un des corps qui a été donné à la faculté de médecine pour les études. Évidemment le plan backfire : si le traitement s’avère efficace, Hana se retrouve hantée par le fantôme de la personne qu’elle a ingérée. Celle-ci la pousse à manger encore et encore, mais la perte de poids d’Hana s’accélère plus elle mange…

J’ai bien aimé ! Le côté « approche scientifique de la possession » avec Hana qui essaye de comprendre les conditions d’apparition du fantôme est assez réussi. La façon dont les TAC d’Hana sont liés à son histoire familiale (et à celle de la réalisatrice visiblement) rajoute un point intéressant. Je pense que le film aurait gagné à être coupé 2 minutes plus tôt pour laisser une ambiguïté sur ce qui se passe entre Hana et son crush, mais sinon esthétique d’horreur moderne sympa, la scène d’ « exorcisme » est assez réussie.

The Damned, de Thordur Palsson

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film d’horreur anglo-islandais paru en 2025. On est au XIXe, sur la côte islandaise. Un petit port de pêche avec quelques bâtiments, un bateau et une dizaine d’hommes. Le port est dirigé par Eva, depuis la mort de son mari. La pêche est mauvaise, et les pêcheurs voient un gros bateau faire naufrage de l’autre côté de la baie. Dans l’incapacité de nourrir les naufragés, ils décident de ne pas les secourir.

C’était très beau. Les paysages islandais sont vraiment bien mis en valeur, et j’ai toujours un petit faible pour aller film d’horreur qui mettent en scène des paysages maritimes. Là on est principalement sur la côte même s’il y a quelques scènes en mer sur le bateau de pêche, mais on voit beaucoup l’océan et les montagnes glacées. Le fantôme d’un des marins abandonnés revient bien évidemment hanter les pêcheurs, les faisant mourir l’un après l’autre de maladie, de froid, d’une chute, et surtout en les montant les uns contre les autres. Y’a un petit côté And then they were none (ou n’importe quel film avec une final girl, certes), mais en même temps il ne se passe pas grand chose. C’est bien filmé mais au delà du départ j’aurai bien voulu un peu plus d’intensité (et peut-être de rapport à la mer) – mais il y a des jumpscares/montées de tension qui ont très bien marché sur moi.

Je ne suis pas convaincu par le twist final non plus, le film aurait été mieux sans à mon sens, mais globalement ça vaut le coup de le voir juste pour la photographie.

New Group, de Yûta Shimotsu

Pluribus x Junji Itō x les mondiaux de gymnastique

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film d’horreur japonais paru en 2025. Suite à l’arrivée d’un signal extraterrestre sur Terre, des élèves d’un lycée japonais se mettent à faire une pyramide humaine. Puis petit à petit de plus en plus de personnes de par le monde se mettent à faire des figures de gymnastique. Dit comme ça ça semble rigolo, mais un discours accompagne ces figures : il est crucial d’en faire partie, ceux qui ne participent pas seront laissés pour compte, car ces figures démontrent l’esprit de cohésion qui doit animer le corps social, et c’est en exaltant le corps physique qu’on retrouvera une société pure… Ça vous rappelle quelque chose ?

C’est un peu brouillon par moment, mais j’ai beaucoup aimé : le film est ultra intense dès sa première minute, c’est assez inventif, le fascisme de la gymnastique est très bien rendu avec le rythme angoissant du sifflet du prof de sport du lycée qui rythme les activités des élèves (et d’ailleurs on voit que la contamination fasciste s’appuie sur des dynamiques préexistantes : les exercices militaires des élèves sont d’abord fait dans le cadre du cursus scolaire, avant que l’influence extraterrestre ne se fasse sentir). Le message de fin n’est pas très clair, avec un éloge de l’anticonformisme mais en avertissant qu’il ne faut pas que ça devienne un nouveau conformisme ? Mais bon on est plus là pour la vibe que pour la conclusion.

Recommandé si vous aimez l’intensité et que vous êtes persuadé que la gymnastique c’est maléfique.

The Surrender, de Julia Max

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film étatsunien paru en 2025. Megan est revenue dans la maison parentale pour les derniers jours de son père. Sa relation avec sa mère (Barbara) est tendue, mais elle est déterminée à être là pour elle et pour son père. Elle découvre rapidement que sa mère pense avoir un moyen de ramener son père d’entre les morts, via un homme mystérieux dont elle a eu le contact par sa professeure de yoga. Pour ne pas antagoniser encore davantage sa mère, Megan va accepter de jouer le jeu du rituel…

Le film ne sait pas trop comment conclure, mais sinon j’ai beaucoup aimé l’esthétique. Tout le côté « cristal mom » qui est parti vers du complotisme de plus en plus chelou fonctionne très bien, y’a une vibe « folk horror des banlieues américaines ». Un hommage évident à l’Exorciste (mais en inversé) dans la scène d’arrivée du résurrecteur devant la maison, qu’on voit de dos avec un grand chapeau.

L’esthétique du monde des morts est réussie aussi, mais on sent que le budget effets spéciaux est rapidement épuisé et que le film s’est un peu coincé dans un coin avec la façon dont il a construit les règles du monde des morts : il aurait fallu laisser un peu plus de place aux personnages pour l’explorer.

C’est un premier film, clairement réalisatrice à suivre.

Mārama, de Taratoa Stoppard

Film vu lors de l’édition 2026 du Grindhouse Paradise (festival de films de genre toulousain).

Film néo-zélandais paru en 2026. Au 19e siècle, ayant reçu un courrier lui promettant de lui révéler l’histoire de sa famille, une jeune maori arrive en Angleterre. Là elle est accueillie par Nathaniel Cole, un riche armateur de baleiniers, qui lui dit que son ami qui a écrit le courrier est mort mais qu’il cherche une gouvernante pour sa fille et qu’elle fera l’affaire. Coincée dans le manoir de Cole, Mārama est assaillie par des visions, qui lui font penser que Cole en sait plus qu’il lui dit sur sa famille.

Le côté « film en costumes » fonctionne bien, ainsi que le fait de renverser l’exoticisation : c’est Mārama qui est coincée dans une Angleterre dont elle ne comprend pas les codes sociaux, et où les éléments familiers de la culture maorie sont des trophées ramenés par Cole, qui se pose comme un grand admirateur du peuple mais procède surtout par fétichisation et où donc les objets n’ont pas le bon usage et sont juste exposés ou détournés. Pour Mārama comme pour la/le spectateurice, le manoir victorien est un endroit lugubre et étranger, la fête des notables du coin sonne comme une parodie grotesque de sa culture.

Pour autant le film est assez lent, j’aurai bien aimé une montée en intensité plus rapide. Malgré les visions de Mārama on est presque plus sur un thriller que de l’horreur : les visions font partie de sa façon de percevoir le monde mais ne sont pas inhérentes à la partie horrifique du film qui est mundane.

Pas parfait, mais prometteur pour un premier film, et distribué en salle en France, donc vous pouvez allez le voir ! (C’est qui est rarement le cas pour les films du Grindhouse)

The Wizard of Oz, de Victor Fleming

Film étatsunien de 1939. Dorothy vit dans la ferme kansasienne de son oncle et sa tante. Affolée par la menace d’une voisine acariâtre de lui confisquer son chien Toto, elle part dans les champs alors qu’une tornade approche. Emportée par la tornade, elle se retrouve dans le pays fantastique d’Oz, ou elle va rencontrer plusieurs compagnons sur sa route (de briques jaunes) vers la cité d’Émeraude où elle espère trouver le Magicien qui dirige le pays et sera capable de la renvoyer chez elle…

Bon normalement vous connaissez l’histoire, surtout que si vous lisez ce blog (félicitations pour ça déjà), j’ai déjà dû vous parlez assez extensivement de Wicked. J’avais lu The wonderful wizard of Oz mais pas vu le film (cette version, y’en a de nombreuses autres, mais celle-ci fait référence). Eh bien je suis content d’avoir réparé cet oubli, le film est culte pour de bonnes raisons. Dorothy finit par être agaçante sur toute la durée du film, mais globalement tous les autres personnages sont très réussis, la musique aussi, et les décors sont magnifiques. On comprend instantanément aussi pour quoi c’est devenu un point de ralliement de la culture queer, c’est particulièrement camp. L’avoir vu m’a permis de voir d’où viennent certaines références visuelles de la version film de Wicked (la bulle de Glinda notamment), qui n’étaient pas dans la comédie musicale. Et aussi je n’avais pas compris à quel point l’album Straight outta Oz de Todrick Hall – qui est aussi assez haut dans mes références autour d’Oz – était autant un hommage direct aux chansons du film par moment.

Bref, évidemment recommandé.

Les Reines du drame, d’Alexis Langlois

Film français paru en 2024. En 2005, lors d’un casting pour Starlette en herbe, Mimi et Billie se rencontrent. Si le punk revendicatif de Billie va rapidement l’écarter de l’émission qui se veut consensuelle, Mimi au contraire avec son image plus sage va être considérée comme un produit bankable. Mais au delà de la suite de l’émission, la rencontre entre les deux chanteuses va être l’occasion d’un coup de foudre entre elles deux, très vite compliqué par la tension entre radicalité (musicale comme politique) et conformisme que les deux . Vont s’ensuivre quelques décennies d’évolution musicales et relationnelles, jamais apaisées.

Globalement, excellent film. La reconstitution de l’ambiance musicale française des années 2005 et 2015 fonctionne bien, à la fois côté mainstream et côté alternatif. Globalement la bande-son est incroyable, avec que des titres originaux, mais qui font d’époque. Il y a des références à la Star Ac (évidemment), Britney, Sexy Sushi (en même temps Rebeka Warrior a contribué à la bande-son), Loana, …
Les deux personnages principaux sont réussis, les seconds rôles aussi (mention spéciale à la meilleure amie toxique et aux deux jurés de Starlette en herbe). Le film adopte tous les codes des films de genre, avec des séquences dont on ne sait pas si elles sont dans la réalité, un rêve, un clip… Il y a des projections de sang, des allées remplies de sac poubelles photogéniques, des lumières rouges et bleues rasantes, tout pour plaire. Le film est fait « par des personnes queers des deux côtés de la caméra » dixit la réalisatrice, et a galéré à avoir des financements, heureusement qu’iels ont réussi à boucler le film malgré tous les vents contraires, parce que clairement grosse reco.