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Embrasser la bisexualité, de Camille Teste

Essai français paru en 2025. L’autrice détaille la place des personnes bisexuelles dans la société et spécifiquement dans les espaces LGBTQIA+. Elle met en avant les discriminations et les impacts que subissent spécifiquement les personnes bi, très souvent accusées d’être entre les deux orientations monosexuelles, d’être indécis, de ne pas assumer qu’iels sont homo/hétéro (selon les conversations). Elle montre qu’iels subissent des manifestations « classiques » d’homophobie, et en plus une discrimination supplémentaire, la biphobie, qui s’exerce notamment dans des espaces queers qu’on pourrait espérer être pourtant plus conscientisés là-dessus que la société hétéropatriarcale at large.

Le sujet est intéressant dans l’absolu mais c’est pas mal une énumération de faits et de chiffres (les chiffres sont cependant assez édifiants, les personnes bi en prennent clairement plein la figure), en termes de forme c’est pas l’essai qui me convainc le plus (mais je recommande Politiser le bien être, de la même autrice).

En Boucle, de Junta Yamaguchi

Film japonais paru en 2023. Les employés et clients d’une auberge japonaise se rendent compte qu’ils sont pris dans une boucle temporelle de 2 minutes. Les employés vont tenter de continuer à assurer un service correct pour les clients malgré le désagrément de réapparaitre à leurs positions de début de boucle toutes les 2 minutes. Puis petit à petit ils prennent du temps pour faire d’autres choses, notamment tenter de comprendre l’origine de la boucle, mais aussi discuter de leurs sentiments. On suit principalement Mikoto, amoureuse d’un des cuisiniers de l’auberge et qui a fait une prière au dieu de la rivière pour que le cuisinier ne parte pas en France étudier la cuisine comme il en avait le projet…

C’est le deuxième film du même réal qui parle de paradoxes temporels (après Deux minutes plus tard), j’ai bien aimé celui-ci aussi. Le côté boucle très courte est original, ça donne un rayon d’action très limité aux personnages, le film fait un peu tourné à l’arrache avec des caméras à l’épaule, mais ça lui donne un certain charme. Les micro-escapades de Mikoto et du cuisinier sont bien mises en scène, le côté « soulagement de la deadline » ou « profiter de la bouffe infinie » mais qui tournent très vite à l’ennui aussi.

Life of Chuck de Mike Flanagan

Film étatsunien de 2024. En trois actes présentés antéchronologiquement, on suit la vie de Charles Krantz, comptable étatsunien. L’idée est de montrer « l’extraordinaire dans une vie ordinaire », mais je n’ai pas été très convaincu par le film personnellement. La structure antéchronologique n’apporte pas grand chose à part créer de la tension artificielle dans le premier acte parce qu’on ne comprend pas ce qui se passe (mais ce sera expliqué avec forces détails ensuite, parce que le film prend beaucoup le spectateur par la main). On voit donc trois moments : sa mort, une journée où Chuck sort de sa routine et se met à danser dans la rue, et le moment de sa jeunesse où il a appris à danser. Je trouve que ça résume très mal une vie, on voit des moments qui sont par définition extra-ordinaires, et on a très peu accès à sa vie intérieure. Je trouve par ailleurs que c’est une version très lisse d’une « vie ordinaire » : pas de conflictualité, les moments que l’on voit sont baignés dans une jolie lumière, ça fait très artificiel, au point que je me suis demandé si la partie 2 était aussi une sorte d’hallucination lors du visionnage. En fait c’est une forme de survol d’une vie, on voit les choses de très très loin : on n’a aucune idée de la relation de Chuck à sa femme et à son fils, de comment il a vécu son travail ou l’annonce de sa maladie. À la limite c’est presque la version Instagrammable d’une vie : on voit les moments avec des chorégraphies des points clés facilement résumables et finalement le slide show de bilan quand reprend tous les éléments pour voir son monde intérieur.

Bon par ailleurs il y a des points que j’aime bien : voir Tom Hiddleston c’est toujours sympa, les histoires de petits gamins chétifs qui se transcendent en dansant c’est chouette aussi.

Liberté, Dignité, Habitabilité, de Baptiste Morizot et Laurent Neyret

Court essai de droit environnemental par un juriste et un philosophe de l’environnement, paru en 2026.

Les auteurs proposent la notion d’habitabilité comme une valeur cardinale que le droit pourrait mettre en avant pour permettre une défense plus efficace de l’environnement. L’idée serait d’avoir une valeur cardinale au même niveau que la liberté, l’égalité et la dignité humaine. Cela permettrait qu’en termes de hiérarchie des normes la défense de l’environnement s’appuie sur un principe de haut niveau plutôt que d’être une défense technique, passant par des éléments comme le Code de l’Environnement (en droit fr) ou le respect de quotas d’émissions carbone.

Les auteurs montrent que les questions de dignité humaine ou d’égalité n’ont de sens que sur une planète qui reste habitable, et que la notion d’habitabilité permet de plus d’étendre les droits humains à une échelle plus large que la seule humanité, en prenant en compte non pas directement les espèces ou les écosystèmes mais bien les relations entre ces derniers. Comme l’égalité, l’habitabilité est une notion relationnelle : elle n’est pas réclamable à l’échelle individuelle comme la liberté ou la dignité mais elle leur sert de socle.

Recommandé.

The Auctioneer, de Joan Samson

Roman états-unien paru en 1976. Dans un petit village rural du New Hampshire, un nouvel arrivant propose de lancer des ventes aux enchères au profit de la force de police. L’insécurité a un peu augmenté dernièrement, les granges et les greniers sont pleins de vieilleries, et les gens de la ville sont prêt à les acheter à des tarifs absurdes parce que ça évoque la campagne. Les habitants acceptent donc les ventes aux enchères, rapidement la taille de la force de police augmente. Et là, les habitants se rendent compte que la contribution vente aux enchères n’est plus vraiment optionnelle. Ils vont devoir donner chaque semaine des objets, qu’ils soient superflus ou nécessaires. Et quand ils n’ont plus d’objets à donner, ça va être les récoltes, puis les terres…

J’ai beaucoup aimé ! L’ambiance qui commence par être relativement innocente et qui présente une communauté rurale fonctionnelle mais qui dérive au fur et à mesure vers quelque chose de plus en plus inquiétant dans lequel le fascisme s’est installé insidieusement est particulièrement bien rendue. L’impuissance des personnages principaux est bien mise en scène, notamment celle de John, qui veut garder son rôle d’homme protecteur de la famille, mais qui refuse en même temps de quitter les terres sur lesquelles il a grandi, et qui donc se retrouve à globalement ne rien faire tout en insistant pour que les autres ne fassent rien non plus pour ne pas lui faire de l’ombre. Le personnage du commissaire-priseur, que l’on voit peu mais qui a une aura quasi mythologique, capable d’influencer tout le monde par son discours, sortie de nulle part, et qui disparaît tout aussi mystérieusement à la fin du roman comme s’il était le diable lui-même et aussi très réussie. Sans être formellement un roman d’horreur, il en a la vibe.

Recommandé si vous aimez la montée lente du fascisme, les communautés rurales dysfonctionnelles, et les ventes aux enchères évidemment.

Backrooms, de Kane Parsons

Film étatsunien de 2026. Clark gère un magasin de meubles dans une banlieue indéterminée d’une ville étatsunienne, dans les années 90. Un jour, il découvre qu’il peut passer à travers un des murs du magasin et se retrouve dans une enfilade infinie de pièces éclairées aux néons, les backrooms de la réalité. Les backrooms imitent des lieux réels, mais imparfaitement. Et Clark se rend rapidement compte que quelque chose erre dans les backrooms…

J’ai bien aimé ! C’est adapté d’un creepypasta internet, la transformation en film est réussie. La mystérieuse organisation qui étudie les backrooms, la révélation de la nature du monstre qui hante le lieu, l’esthétique generale du lieu, tous les détails sont assez réussis. Il y a une petite métaphore de l’IA avec le côté « copie imparfaite de la réalité ». Le fait que la partie « dans la réalité » du film se déroule majoritairement dans un magasin de meubles, qui est déjà un espace liminaire, est très bien trouvé : le magasin est déjà une version dégénérée d’un vrai logement, le passage dans les backrooms ne fait qu’accentuer ce premier glissement.

Recommandé.

Empathie, de Florence Longpré

Série québécoise parue en 2025. Suzanne Bien-Aimé est une psychiatre qui sort d’une longue dépression. Elle commence un nouveau travail à l’hôpital psychiatrique du Mont-Royal. Au contact de l’équipe soignante, elle va se reconstruire une sociabilité. On va découvrir en parallèle sa vie familiale, les histoires d’une partie des soignants et des patients.

Très réussi. La série traite sur un mode léger des sujets tous sauf évident, et pose un regard nuancé sur la folie et les processus de soin. La représentation de la dépression par les ballerines était bien trouvée. Par contre pas très convaincu par l’installation de la romance entre Suzanne et Mortimer, qui me semble ne pas apporter grand chose à la série, garder une relation amicale aurait été plus intéressant.

Recommandé.

Once there were wolves, de Charlotte Mcconaghy

Roman australien paru en 2021. Inti Flynn est une biologiste qui dirige un projet de réintroduction de loups dans les highlands écossais. Affectée de synesthésie miroir tactile (elle ressent sur son propre corps les contacts sur les autres corps), élevée par une mère flic et un père vivant en autosuffisance et vivant avec sa sœur jumelle traumatisée, Inti voit le projet de réintroduction des loups mis en péril par un meurtre mis en scène pour faire croire à une attaque de loup. Elle décide de mener l’enquête en parallèle du ténébreux beau flic du village tout en menant le projet de réintroduction des loups et sa grossesse en parallèle. #girlboss

J’ai pas été convaincu. Le sujet de fond sur les projets de réintroduction de prédateurs est intéressant, mais il se passe 15 000 trucs improbables et l’héroïne est une Mary Sue de première catégorie. Lisez plutôt Et vous passerez comme des vents fous pour des histoires de conservation.

Le Coût de la virilité, de Lucile Peytavin

Essai féministe français paru en 2021. En partant d’une statistique qui l’a interpellée (96,3% des prisonniers en milieu carcéral sont des hommes), l’autrice calcule le coût pour la société française du différentiel de comportement entre les hommes et les femmes dus à leurs socialisation différenciée : les hommes sont plus enclins à la violence, à ne pas respecter les règles, à se mettre en danger. Ces différents comportements ont un impact sur les finances publiques : plus d’intervention des services d’urgence sont dues aux hommes, plus de procès, d’intervention de la police, d’incendies… Là où des statistiques sur les comportements différenciés entre les deux genres sont disponibles, il est possible de calculer le coût différentiel entre les deux genres, dont la somme totale représente « le coût de la virilité pour la société », coût qu’il serait possible de réduire en socialisant les garçons différemment dès le plus jeune âge plutôt que d’affirmer que ce sont des comportements innés et qu’on ne peut rien y faire.

La démarche est intéressante – le calcul est à la louche mais le but de l’autrice est bien de donner des ordres de grandeur et de dire qu’il faudrait plus de recherche sur le sujet, pas de prétendre qu’il s’agit d’un chiffre exact. Mais par contre j’ai été fortement gêné par deux points du livre :

  • L’autrice ne remet pas du tout en question les politiques mise en place par l’État : dire que le coût du système carcéral est dû aux comportements des personnes (très majoritairement des hommes donc) qui se retrouvent dedans, c’est mettre sous le tapis toute une volonté de l’État de traiter plein de comportements de façon répressive plutôt que d’avoir d’autres approches qui pourraient coûter moins cher (pour ne parler que du volet financier)
  • L’autrice met aussi en avant que les hommes ont des comportement plus asociaux que les femmes et qu’ils sont moins enclins à respecter les règles, en disant que ce serait mieux si c’était moins le cas. Dans un monde sur une pente fortement fasciste, désolé mais « respecter les règles » ça me parait pas la caractéristique que j’ai le plus envie de favoriser. Notamment elle prend en exemple les coûts du mouvement des gilets jaunes en termes de répression et de réparation des dégâts sur l’espace public et les propriétés privées : perso ça ne me semble pas un problème que des personnes avec une socialisation masculine aient kickstarté les gilets jaunes et soient allés plus loin dans l’action que les voies de recours légales.

Du coup mixed feelings sur l’essai, qui soulève des points intéressants mais me parait très dépolitisé en même temps.

リング (Ring), de Hideo Nakata

Film d’horreur japonais paru en 1998. Quatre lycéens regardent une cassette qu’ils ont trouvé dans leur chambre d’hôtel et meurent une semaine plus tard. La tante de l’une des lycéennes décide d’enquêter sur la rumeur de cette vidéo maudite. Elle la regarde et commence une course contre la montre pour réussir à briser la malédiction avant que sa semaine ne soit écoulée.

Je n’ai pas été très accroché. Je pense que le film souffre du syndrome du précurseur : on a trop revu les mêmes choses reprises, détournées, pastichées. La scène de Sadako qui sort du puits puis de la télé fonctionne bien, mais pour le reste le film n’a pas beaucoup de tension à mon sens, l’enquête des personnages pour comprendre d’où vient la malédiction se faire sur un rythme plutôt chill et avec assez peu de contretemps.