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Dans mon cerveau comme à la maison, de cht.am

Bande dessinée française parue en 2024. L’auteur.e parle de son rapport à sa propre psyché, en comparant différents éléments (l’égo, l’imagination, le rapport aux autres, les émotions) aux pièces d’une maison. Iel parle de sa dépression (je l’ai rangée dans ma bibliothèque à côté de C’est comme ça que je disparais, de Mirion Malle), du rapport à son corps et à ses TCA. C’est pas des sujets légers mais la bande dessinée est très bien, dessinée avec seulement 3 couleurs primaires et du noir et blanc. Pas de cases, tout est à chaque fois en pleine page.

Recommandé pour quand ça va mentalement.

Le Marche-Lune, de Simon Spruyt

Bande dessinée française parue en 2026. Dans la Mésopotamie antique, une extraterrestre émissaire d’une civilisation galactique s’incarne sous la forme d’une prêtresse d’Ishtar pour observer les humain.es, et surtout pour retrouver son prédécesseur qui a rompu la clause de non-intervention, frustré par l’absence de développement de la civilisation humaine. Elle va interagir avec les humain.es de l’époque et l’IA qui la conseille.

J’ai bien aimé ! Dessin très beau, traitement réussi, histoire de SF « historique » qui fonctionne, avec une vibe « toute technologie suffisamment avancée… » qui sert surtout à montrer l’Antiquité (les observateurs n’étant pas censés interférer dans le développement des civilisations qu’iels croisent, il n’y a qu’un tout petit peu de SF qui apparait, en dehors du dialogue interne avec l’IA)

Recommandé !

Rooster, de Bill Lawrence et Matt Tarses

Série étatsunienne parue en 2026. Greg Russo est un écrivain de pulp à succès. Il vient présenter son dernier livre dans l’université où travaille sa fille, et décide de rester en tant qu’écrivain en résidence le temps d’un semestre, pour veiller sur sa fille dont le couple vient d’exploser. On va voir comment il s’intègre progressivement dans la vie du campus, en enchainant pas mal de gaffes.

J’ai bien aimé ! Steve Carrell (qui joue le personnage principal) est très bon, les relations entre les perso sont réussies (notamment tout le côté père hélicoptère de Greg vis à vis de sa fille trentenaire), et les personnages secondaires aussi (notamment Sunny, sous-côtée avec son côté ultra-intense). Il y a le côté « petit monde de l’université » qui fait penser à The Chair, mais avec un humour absurde.

Recommandé pour une série détente.

The Boys, d’Eric Kripke

Adaptation en série du comics éponyme. J’avais un peu peur de ce qu’une adaptation donnerait, mais j’ai trouvé ça très réussi. Ils ont gardé l’univers tout en s’éloignant des lignes narratives exactes du comics, et ça rend plutôt bien.
Pour décrire succinctement l’univers, les super-héros existent, en Amérique. Ils sont tous gérés par une entreprise, Vought American, qui s’occupe de leur image, de les placer en tant que protecteurs de tel ou tel endroit, et de gérer tout le merchandising et les lucratifs produits dérivés autour d’elleux. Derrière l’image resplendissante, les super-héros sont très majoritairement immoraux, et Vought est prête à tout pour augmenter sa part de profit, notamment en persuadant le gouvernement d’intégrer des super-héros dans le dispositif militaire des États-Unis.

Le personnage d’Homelander (un équivalent amoral et surpatriotique de Superman) est particulièrement bien écrit.

Saison 2 :

La série continue à être fort bonne. La relation entre Ryan et Homelander est intéressante, l’évolution du personnage de Kimiko aussi. L’humanisation de Butcher est réussie, et j’aime beaucoup la force tranquille du personnage de MM. L’arc de l’instrumentalisation du coming out de Maeve par Vought est très réussi je trouve.

Sentiment mitigé sur le personnage de Stormfront : j’ai beaucoup aimé son début, mais la révélation de sa backstory est finalement un peu décevante : il aurait mieux valu selon moi qu’elle soit une version intégralement moderne de l’idéologie qu’elle porte, plutôt que d’avoir la facilité de dire « oh bah regardez avec qui elle fricotait, voilà une raison bien pratique de la considérer comme méchante ». De la même façon, je trouve Homelander plus intéressant quand il est une version non explicite des idéaux fascistes que quand il commence à littéralement sortir avec une fasciste qui reprend les discours de Goebbels. Le personnage de Stan Edgar par contre est parfait, ainsi que les trips de Hugh sur Billy Joel.

Et je suis perplexe sur la révélation finale : ça ne fait aucun sens que ce soit ce personnage qui ait ce pouvoir, l’utilisation du pouvoir qu’on voit durant toute la saison va totalement à l’encontre de son agenda affiché (ou alors, agent double placé par Vought ? Mais c’est un peu tiré par les cheveux comme histoire).

Saison 3 :

Un début un peu lent et du gore un peu gratuit, mais je suis content de ce qu’ils ont fait de la saison globalement. L’arc de Butcher et Hugh sous Temp-V est intéressant en terme de « tout pouvoir corrompt ». Le retour au status quo interne de l’équipe à la fin est un forcé, les évolutions radicale du côté de Vought sont plus intéressantes. L’arc du personnage de Kimiko est intéressant, Frenchie de moins en moins par contre. La trumpisation d’Homelander est réussie, l’agenda parallèle de l’agent dormant de Vought au gouvernement donne des pistes intéressantes pour une saison 4.

Saison finale (5) :

La fascisation super-héroïque des US est achevée. Les opposants sont emprisonnés dans des freedom camps l’exécutif est totalement inféodé à Homelander, dont la folie est de plus en plus visible, avec un récit messianique totalement assumé. Pour donner du poids aux enjeux de cette dernière saison, un McGuffin fait son apparition : une version du sérum V qui permettrait de rendre immortel Homelander. Les Boys et les sbires d’Homelander vont se précipiter pour essayer de retrouver les dernières fioles de ce sérum.
Narrativement c’était un peu confus, avec des enjeux qui apparaissent/disparaissent, une intensité de ces enjeux qui varie d’un épisode à l’autre. Pour autant le discours sur le fascisme et le messianisme reste pertinent même si parfois un peu noyé dans les différents fils narratifs. Le personnage d’Homelander reste le plus réussi de la série, celui de Butcher (et de tous les Boys tbh) tourne en rond. Le final est globalement exactement ce à quoi on s’attendait, pas de prise de risque.

En conclusion, série globalement réussie, avec un vrai fond politique, qui a quelques longueurs, mais probablement la série de super héros la plus intéressante.

Freaky Tales, d’Anna Boden and Ryan Fleck

Film étatsunien paru en 2024. Dans la ville d’Oakland en 1987, on va suivre 4 histoires qui se déroulent en parallèle et dont les personnages vont se croiser. D’abord la résistance des habitué•es d’une salle de concert communautaire aux agressions répétées d’un groupe de néonazis ; puis la soirée de deux rappeuses invitées à un featuring avec Too $hort ; la journée d’un homme de main qui veut prendre sa retraite ; et enfin un cambriolage qui tourne mal chez un basketteur et la revanche qu’il va prendre sur les criminels.

C’était sympa sans être renversant. Au début j’ai trouvé que c’était assez mal joué mais ça disparaît au fur et à mesure. C’est bourré de références, fait pour avoir une vibe de film de l’époque (moins le sexisme), on voit des néonazis se faire tabasser et du kung fu, what’s not to like? Mais bon en même temps j’ai rien trouvé de particulièrement novateur.

La Colonie, d’Annika Norlin

Roman suédois paru en 2025. Suite à un burn-out, Emelie plaque tout pour aller vivre dans une tente dans la forêt. Elle découvre qu’une communauté de 7 personnes vie dans la forêt pas loin de sa tente, 7 personnes en marge du monde mais qui ont l’air parfaitement au calme dans leur existence alternative. On va suivre à la fois le rapprochement d’Emelie avec la communauté et l’histoire qui a mené cette communauté à se constituer.

J’ai bien aimé ! Y’avait des passages humoristiques inattendus, la dérive progressive de la collectivité est bien amenée (on aime bien tous les personnages et on voit les glissements progressifs sans qu’ils paraissent trop absurdes (sauf peut-être l’histoire de Zakaria), et le résultat final bien creepy (mais avec des côtés attirants quand même, surtout du point de vue d’Emelie qui voit bien la proximité entre les différents membres de la Colonie). Le personnage de Sara est particulièrement réussi.

Recommandé si vous voulez lire de la littérature suédoise.

Moon Palace, de Paul Auster

Roman étatsunien paru en 1989. Marco Stanley Fogg est un orphelin élevé par son oncle clarinettiste, et qui part étudier à l’université de Columbia à New York. Après une période à vivre dans la rue, il est embauché par un vieil homme excentrique qui lui demande de coucher par écrit les péripéties de sa vie. S’ensuit un récit enchâssé, avant de revenir à la vie de Fogg et à la façon dont elle va s’entrecroiser avec celle de son employeur.

Agreable à lire et l’histoire est bien menée, mais rien de particulièrement saisissant non plus. Les persos masculins sont réussis – on y croit malgré leurs péripéties invraisemblables, mais par contre les féminins sont complètement archétypaux.

Les Guérillères, de Monique Wittig

Roman français paru en 1969. On découvre par fragments la vie d’une communauté de femmes dans un futur indéterminé et utopique. Une bonne partie de leurs journées sont consacrées à des jeux ou des cérémonies ou des récits, la vulve et le clitoris sont placés au centre des mythes (mais certaines disent que c’est un état transitoire qui doit servir à dépasser un ordre ancien, mais qu’il ne faut pas à termes se focaliser sur un corps fragmenté).

C’était sympa à lire mais en 2026 on tombe pas à la renverse en lisant un roman sur des communautés féminines, ni en lisant une utopie post-apo.

La città proibita, de Gabriele Mainetti

Film italien de 2025. Rome, de nos jours. Mei débarque dans la cité éternelle à la recherche de sa sœur, qui a récemment arrêter de donner des nouvelles. Sa sœur lui avait parlé d’un italien dont elle était tombée amoureuse, en creusant cette piste elle tombe sur Marcello, cuisinier dans un restaurant familial, dont le père a récemment disparu. Et elle va aussi surtout tomber sur la mafia chinoise, bien implanté à Rome et dans la traite d’êtres humains.

c’est un film fusion, qui mélange les fils de kung-fu classique et un cinéma italien plus naturaliste. La greffe ne prend malheureusement pas très bien : les scènes de kung-fu sont réussies, ainsi que le portrait de l’histoire de famille de Marcello, mais on a du mal à croire aux liens qui se nouent entre les deux protagonistes (et notamment leur relation romantique); qui sont d’ailleurs assez peu égaux, Marcello étant totalement useless dans cette histoire de vengeance familiale. Mais bon ça reste rigolo à regarder, mention spéciale pour le second rôle d’oncle de la famille un peu mafieux qu’est le personnage d’Hannibale.

Du même auteur j’avais vu Lo Chiamavano Jeeg robot, sur un super-héros italien, c’était assez perché aussi mais j’avais trouvé qu’il avait une meilleure cohérence thématique.

Les Garçons sauvages, de Bertrand Mandico

TW violences sexuelles

Film français paru en 2017, libre adaptation d’un roman de Burroughs. Sur l’île Bourbon, 5 jeunes hommes de bonnes famille se livrent à toutes les frasques et notamment causent la mort de leur professeur de lettres. Leurs parents font alors appel au Capitaine, un marin qui professe avoir une méthode infaillible pour rendre plus dociles les garçons. Embarqués sur le bateau du Capitaine, les garçons vont voguer vers l’île aux Plaisirs…

J’ai bien aimé. C’était assez onirique, avec des passages en noir et blanc et des passages en couleur, et une photographie très spécifique, avec une La sexualité est omniprésente. Les garçons ont la vibe des droogies dans Orange mécanique. Leurs personnages réussissent à être bien caractérisés à la fois individuellement et en tant que groupe avec une dynamique spécifique. La scène de « l’orgie » sur la plage notamment est très bien rendue.

Recommandé, en gardant en tête les thématiques et le TW.