Tondeuse.

En me réveillant de bon matin sur le coup de midi et demi, je me suis allègrement traîné jusqu’à la salle de bain.
Là, pendant que mon cerveau alerte tentait de faire correspondre l’image dans le miroir et la séparation persona/monde extérieur, mon regard a accroché la tondeuse abandonnée sur le rebord du lavabo par mon colocataire. Tout en passant une main hagarde sur ma barbe de trois semaines désespérément blonde et éparse, deux neurones se sont interrogés sur l’efficacité de l’instrument, avant de se résoudre à l’étude expérimentale. L’engin a été saisi, examiné sous tous les sens ; le bouton marqué ON a été pressé, la mécanique s’est activée, le menton a été approché.
Ventredieu. Pourquoi personne ne m’avait parlé de cette preuve de l’existence de Dieu auparavant ? En une minute chrono, sans mousse à raser ni rien, j’avais un menton qui évoquait plus l’Humanité civilisatrice et dispensatrice de Progrès qu’un croisement improbable entre une fourrure mangée aux mites et un crash aérien sur une table de dissection. Restaient à régler les yeux chassieux, les cheveux emmêlés et la paupière droite au tressautement incontrôlable, mais une douche de café et une tasse froide et tonique s’en chargèrent.
Un homme nouveau, je passais la porte de l’appartement, prêt à rappeler au monde extérieur de quoi Marcel Proust était le nom.
Une note mentale fut ajoutée à la case « Désirs et Consommation » : Acheter une tondeuse.

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