Archives par mot-clé : polar

Eight Perfect Murders, de Peter Swanson

Polar étatsunien publié en 2020. Un libraire spécialisé en roman policiers est contacté par une agente du FBI : elle pense avoir découvert le modus operandi d’un tueur qui répliquerait les « crimes parfaits » présents dans des romans policiers, spécifiquement dans ceux présents sur une liste compilée par ce libraire. Les deux vont collaborer pour essayer de confirmer si certaines morts classées comme accidentelles ne seraient pas des « crimes parfaits » qui auraient leur place sur la liste – et qui peut être le tueur, qui semble connaître le libraire…

C’était un polar efficace. Le dispositif de la mise en relation de crimes littéraires avec des crimes réels (enfin réels dans la diégèse du livre, ça reste des crimes littéraires) fonctionne, et Malcolm Kershaw fait un bon narrateur, dont on se rend rapidement compte qu’il n’est pas tout à fait fiable et a aussi des choses à cacher.

Terres Fauves, de Patrice Gain

Roman policier français paru en 2018. David McRae est le biographe du gouverneur de l’État de New York, républicain prometteur qui pourrait être le prochain candidat présidentiel de son Parti. Sur la demande expresse de ce dernier, il part en Alaska interviewer un alpiniste dont le gouverneur s’affiche proche. Perdu au milieu d’une nature qui est aux antipodes du milieu urbain qu’il affectionne, il va faire une découverte qui va pousser des locaux à tenter de l’éliminer en l’abandonnant au milieu du territoire des ours.

Pas désastreux mais pas ultra marquant. L’histoire est assez classique, c’est la fuite d’un homme devant des circonstances hostiles, jusqu’à ce qu’il réussisse à reprendre la main sur son destin. Il y a un petit côté « le journalisme va réussir à exposer la vérité » qui est très optimiste pour un roman de 2018. On a bien les formes classiques du polar, avec essentiellement des personnages masculins, face à leurs démons.

Le Dahlia Noir, de James Ellroy

Roman policier étatsunien paru en 1987 et dont l’action a lieu en 1947 et dans les 3 années qui suivent. Suite à un meurtre particulièrement horrible, une grosse partie de l’effectif du LAPD est affectée à l’enquête subséquente, au détriment de d’autres cas. On suit le point de vue de Bucky Bleichert, un détective qui va, tout comme son partenaire, devenir obsédé par l’affaire, malgré son exaspération initiale pour les moyens qui y sont alloués. En suivant les différentes pistes potentielles, Bleichert va découvrir des cas de corruption policière, lui même dissimuler des preuves, voir son partenaire se perdre dans l’affaire…

Un classique du roman noir, inspiré d’un meurtre réel. Les personnages sont tous antipathiques (avec du racisme et de la violence policière d’époque) mais on voit comment les policiers se laissent totalement absorber par cette enquête (et comment le duo d’enquêteurs que l’on suit plus spécifiquement lutte contre le procureur qui veut fabriquer un coupable pour pouvoir déclarer l’affaire résolue).

Department Q, de Scott Frank

Série anglo-saxonne dont la première saison est parue en 2025. Suite à une fusillade dont lui et son partenaire ont été victime, le détective Morck est affecté au département nouvellement créé des cold cases au sein de la police d’Édimbourg, ce qui est surtout l’occasion de l’éloigner du reste des officiers de la police, que son comportement arrogant insupporte. Relégué au sous-sol du commissariat, le département va se pencher sur la disparition 4 ans plus tôt de Merritt Lindgard, une jeune procureure prometteuse.

J’ai bien aimé. Le perso principal est un génie antipathique à la Dr. House (avec le bonus que c’est un anglais en Écosse donc de base tout le monde le déteste et vice-versa), les deux assistants qui lui sont adjoints sont plutôt réussis aussi (surtout Akram et son flegme à toute épreuve). L’enquête a un peu trop de rebondissements pour être crédible (surtout pour une enquête menée 4 ans après les faits), mais avec une petite suspension d’incrédulité on s’y laisse bien prendre et on a envie d’accompagner les personnages jusqu’au bout.

Sew Torn, de Freddy McDonald

Film suisso-étatsunien de 2024. Barbara est une couturière qui vit dans une petite vallée suisse &tranquille. Elle tombe par hasard sur un règlement de comptes entre vendeurs de drogue. Elle hésite entre appeler la police, partir sans rien dire ou récupérer la valise d’argent sale. Le film va explorer successivement les trois options et le destin qu’elles promettent à Barbara. À chaque fois, elle va construire un dispositif élaboré avec du fil et des aiguilles pour tenter de se sortir d’une situation épineuse. Si on suspend son incrédulité sur la solidité du fil, c’est rigolo de voir ces espèces de machines de Goldberg en action.

Le film est bien joué, le contraste vendeurs de drogue menaçants et paisibles paysages suisses fonctionne bien. Le scénario n’est pas révolutionnaire mais est bien mis en scène, les divergences qui explorent l’arbre des possibles révèlent un peu plus de background à chaque fois.

Sympa à regarder.

Harlem Shuffle, de Colson Whitehead

Roman policier paru en 2021, qui se passe dans le Harlem des années 60. Ray Carney est un marchand de meubles noir installé de Harlem. Il a à cœur de réussir sa vie et de grimper socialement, avec le contre exemple de son père qui était un petit criminel. Mais en même temps, Carney a un pied dans le monde criminel, où sa boutique sert de façade pour faire du recel d’objets volés. D’abord focalisé sur les télés, radios et autres meubles qu’il peut écouler dans le cadre de son activité de jour, Carney se met progressivement à écouler des bijoux et autres artefacts. On va le suivre en focalisation interne (mais on a un narrateur omniscient donc par moment on va avoir des précisions extérieures à Carney sur certains éléments) sur trois périodes, trois affaires criminelles desquelles il va se mêler, souvent par l’intermédiaire de son cousin Freddie.

J’ai trouvé ça moins prenant que d’autres romans de Colson Whitehead que j’ai pu lire (Nickel Boys, The Underground Railroad), c’est peut-être parce que celui-ci est le premier que je lis traduit plutôt que de lire la VO. Mais ça reste un bon roman, on se fait embarquer par la vie de Ray Carney et le Harlem de l’époque, avec sa vie pour beaucoup parallèle à celle des quartiers blancs voisins, mais qui trouve des intersections lors d’émeutes suite à des violences policières, ou lorsque la police vient récupérer son enveloppe auprès des criminels notoires (dans un move qui fait penser à Serpico).

Les Louves, de Boileau-Narcejac

Roman policier français paru en 1955. Gervais s’échappe avec Bernard d’un stalag allemand. Ils ont pour projet de se cacher à Lyon chez la marraine de guerre de Bernard, mais celui-ci est tué au dernier moment. Gervais se fait alors passer pour Bernard auprès d’Hélène (la marraine de guerre) et c’est ainsi que commence un jeu de dupes entre lui, Hélène, Agnès (la sœur d’Hélène) et Julia la sœur de Bernard.

J’ai bien aimé. C’est du roman noir à l’ancienne avec de la tension psychologique et des personnages tous un peu horribles. Le point de vue du roman est celui de Gervais, mais avec une distanciation qui montre bien qu’il se trouve des excuses pour toutes les saletés qu’il a pu faire et qu’il se considère comme moralement au dessus de tout le monde (essentiellement parce qu’il vient d’une famille bourgeoise et qu’il a eu une éducation classique), alors qu’il est exactement au même niveau moral que les autres personnages.

Cemetery Road, de Greg Iles

Roman policier étatsunien de 2019. Marshall McEwan, journaliste à la renommée nationale, revient pour la première fois de sa vie d’adulte dans sa ville natale du Mississippi, Bienville, pour s’occuper de son père mourant. Mais son père spirituel est assassiné alors qu’il tentait d’empêcher l’implantation d’une usine de papier sur un site archéologique majeur. Marshall décide alors de partir en croisade contre le poker club, le boys club informel qui décide dans l’ombre de toutes les grandes décisions économiques concernant la ville.

C’était assez dense, 880 pages avec des révélations à un rythme soutenu, sur le présent ou le passé de Bienville et de Marshall. L’intrigue fonctionne bien même si le côté « croisade d’un seul contre tous » est parfois un peu trop intense. Y’a aussi quelques scènes de sexe, que j’ai trouvée assez mal écrite. Sinon bon pageturner, je l’ai fini en quelques jours.

Gone Girl, de David Fincher

Film étatsunien paru en 2014. Amy Elliott Dunne et son mari Nick habitent à North Carthage, Missouri. Le jour de l’anniversaire des 5 ans de leur mariage, Amy disparait.Nick parait le parfait mari éploré, mais rapidement des éléments vont laisser penser qu’il cache peut être un certain nombres de secrets, et qu’il en sait peut-être plus sur la disparition de sa femme qu’il ne le laisse entendre…

Spoilers ci dessous

Sleuth, de Joseph Mankiewicz

Film anglais de 1972, adapté d’une pièce de théâtre. Andrew Wyke, cèlèbre auteur de romans policiers, invite son voisin Milo Tindle a passer chez lui. Il veut lui proposer de mettre en scène le vol des bijoux de sa femme pour toucher l’assurance. Il sait que Milo est son amant et a besoin d’argent pour l’entretenir, et affirme souhaiter lui-même un divorce qui serait facilité par la nouvelle fortune de Milo. Mais derrière ce plan partagé, les deux hommes cachent des motivations et des plans secrets…

J’ai beaucoup aimé. Le film ne comporte que les deux acteurs qui jouent Wyke et Tindle, reprenant le dispositif théâtral, mais ils sont excellents. Le côté mystère en chambre close subverti par le fait qu’on est du côté de ceux qui commettent les crimes fonctionne bien. Le personnage de l’auteur de romans policiers à l’ancienne qui passe son temps à y faire référence et qui a une haine farouche des nouveaux riches (en tant que représentant de l’old money, pas en tant que révolutionnaire) fonctionne très bien.

Je recommande.