La Révolte des Premiers de la Classe, de Jean-Laurent Cassely

Livre analysant le phénomène des personnes qui après avoir fait des études (et souvent quelques années de travail) orientées vers des parcours de cadres d’entreprise, décident de se réorienter vers des métiers plus manuels type garagiste, patissièr.e, vendeu/se/r en commerce de détail.

Le livre regarde quelle proportion des promotions de cadres font cette réorientation (une fraction, mais la France étant massivement cadrifiée, ça fait quand même des contingents non-négligeables), les raisons qui les ont poussés à (volonté de retrouver du sens dans le travail, sens perdu dans les métiers de cadre en raison de la bureaucratisation/mondialisation/financiarisation de l’économie), et quels nouveaux profils ça donne. Les deux points les plus intéressants sont pour moi que si ce mouvement est rapproché de celui du retour à la terre des années 60, d’une part il est fortement urbain contrairement au Retour à la Terre, et d’autre part il ne conteste pas le système : les « révoltés » veulent plus de sens dans leur travail personnel mais ils s’insèrent très bien dans une économie capitaliste, souvent même elle est assez indispensable à leurs nouvelles carrières, où ils vont se poser en curateurs et curatrices éclairé.e.s de produits, qu’iels vont proposer à la vente à leurs pairs CSP+, en jouant sur le côté « produit de qualité et d’exception, distinction de la masse, storytelling de la marchandise ». Ça nécessite donc une « élite éclairée » à qui vendre ces produits, avec un bon pouvoir d’achat. Ça n’est pas le cas de toutes ces reconversions (on peut aussi devenir garagiste avec des tarifs sociaux), mais c’est très facile d’introduire ces trajectoires dans la gentrification. Pour moi qui correspond pas mal à ce modèle, se pose donc la question de comment, si j’ai envie de me lancer dans ce genre de reconversion, le faire en promouvant plutôt des valeurs de gauche.

Le second point intéressant, lié au premier, est que ces « nouveaux manuels » intègrent toutes les compétences de leur parcours CSP+ dans leur nouveau métier ; des compétences de marketing, business plan, graphisme, mais aussi l’ethos des CSP+. Ils font donc advenir une montée en gamme des métiers manuels, et les CSP+ qui vont devenir leurs clients vont en général avoir plus envie de parlers aux « manuels CSP+ » qu’aux gens qui font un métier manuel après un parcours classique, pour des questions de proximité. Du coup, il y a un risque (sur le long terme, certes) de « gentrification des métiers », où pour investir ces métiers il faudra la double compétence grandes études/qualifications manuelles.

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