Why does Patriarchy persist?, de Carol Gilligan et Naomi Snider

Essai sur les fondements psychologiques du patriarcat. La thèse des autres est qu’en plus de la construction sociale de rôles genrés, le patriarcat rempli une fonction psychologique : les rôles masculins et féminins ont chacun un mode de dysfonctionnement (ne pas se montrer vulnérable et s’ouvrir aux autres pour les hommes, ne pas mettre ses besoins en avant pour les femmes) qui fonctionne comme un mécanisme permettant d’éviter les pertes et blessures (on se réfugie derrière une cuirasse), mais ce au prix de vraies relations avec les gens. Ces constructions psychologiques arriveraient à la fin de l’enfance pour les hommes, au milieu de l’adolescence pour les femmes, par de premières blessures dues au fait de rester vulnérable dans un système globalement patriarcal où les autres gens autour de nous, alignés sur le système, vont refuser de répondre de façon ouverte à nos comportements honnêtes sur le même mode (un garçon se montrant vulnérable va être moqué par ses pairs, ou les adultes vont lui dire que maintenant il n’est plus un bébé, il faut s’endurcir ; une fille qui se met en colère ou exige des choses va se voir dire qu’elle est trop égoïste – je trouve quand même que c’est très grossier comme généralisation, perso j’ai l’impression qu’en grandissant mes parents m’ont beaucoup plus reproché d’être égoïste que vulnérable). Ces rebuffades étant douloureuses, on se cuirasse et on finit par se conformer au système. Le patriarcat se perpétuerait ainsi. Ca passe notamment par des inflexions de voix qui vont être considérées comme masculines ou féminines et donc adaptées ou non, sachant qu’une voix considérée comme masculine est une voix qui ne transmet pas d’intention de tendresse. Pensez aux variations vocales qui ont lieu selon le fait de parler aux gens dans l’intimité en couple, dans un lieu public, dans le cadre de relations professionnelles…

Bref, y’a des points intéressants mais je suis plus convaincu par les approches sociologiques de la question.

Tréfonds, 65

Descente express en solo pour aller observer un coin du réseau qui pourrait être refermé bientôt. Des passages d’eau étaient prévus et la canicule se faisait sentir à l’extérieur, je suis descendu en tongs et maillot de bain, avec mes affaires dans un petit sac de plage. Je n’ai malheureusement croisé personne, alors que j’aurais pu lancer un tout nouveau style souterrain, inspiré de Paris Plages.

Homme qui danse (jérome mesnager)
Réservoir de la Vanne Côté du Couchant
Couloir au niveau d’un fontis
Escalier
Plaque commémorative de la consolidation
Escalier
Réservoir de l’Ouest § Réservoir de l’Est
Côté du Nord
Réservoir de l’Ouest § Réservoir de l’Est
Côté du Nord
(seconde plaque moins dégradée)
Puits en béton
l. 14 (numérotation des piliers de consolidation)
Fontis
h=11m85

La Crise de la Masculinité : Autopsie d’un mythe tenace, de Francis Dupuis-Déri

Francis Dupuis-Déri analyse le discours sur la crise de la masculinité. Il montre d’abord que c’est un discours que l’ont retrouve dans plein de contexte, que ce soit la fin de l’empire romain, la Bretagne, le Québec, tout le Canada, les « jeunes de banlieue » français, les hommes africains, les hommes blancs… Visiblement les hommes subiraient une crise de la masculinité permanente. Mais peut-on alors encore parler de crise plutôt que d’état de fait ? Par ailleurs, FDD montre que ce discours est mobilisé le plus souvent dans des contextes où les hommes trustent tous les postes de pouvoirs, économique, politique, représentationnels… Mais les hommes seraient quand mêmes menacés dans leur psyché et leur construction mentale par « le féminisme » et les exigences démesurées des femmes.

FDD montre que bien plus qu’une crise de la masculinité, ce qui se déroule quand on soulève ce concept c’est une crise de la légitimité de la domination absolue masculine. La « masculinité » ne serait pas tant une construction psychique qu’une position sociale de dominant : être un homme, c’est être en haut de la hiérarchie. Et quand les dominées remettent en cause cet état des choses comme n’allant pas de soi, bim, crise de la masculinité.

Globalement 4 phénomènes sont mis en avant comme symptomatiques de la crise de la masculinité : les suicides des hommes, les échecs scolaires des garçons, les jugements de divorces défavorables aux hommes et les hommes battus (qui servent surtout à détourner la conversation portant sur la violence domestiques exercée sur les femmes). Ces phénomènes sont réels, mais les attribuer au féminisme ou aux femmes ne tient par contre absolument pas debout. Les attribuer au fait que l’on ne laisse pas les hommes exprimer leur «  » »agressivité naturelle » » » encore moins (mais les masculinistes aiment beaucoup les théories d’évopsy à la con disant qu’on est déterminés par la répartition des rôles genrés à l’âge des cavernes, même si on n’a aucune idée de ce qu’était cette répartition et que les représentations reprennent en fait les rôles des années 50s en les plaquant sur les humain.e.s préhistoriques, Flintstones-style).

Bref, un fort bon essai féministe et fort clair, j’en recommande la lecture.

Il était deux fois, de Franck Thilliez

Polar récent de Franck Thilliez, droit dans le style de l’auteur. Un policier enquête sur la disparition de sa fille, victime d’une amnésie, il doit remonter sa propre piste ces 12 dernières années, comprendre ce que sa vie a été et redécouvrir les éléments qu’il avait mis à jour une première fois.

L’écriture sonnait un peu fausse sur le premier chapitre, on rentre dedans après. Le duo d’enquêteurs alternant entre les chapitres permet de faire avancer l’histoire rapidement. La description de la petite ville morne de montagne de Sagas et les différents secrets gardés par les protagonistes sont intéressants, quand le roman quitte la ville je trouve qu’il devient moins intéressant, les antagonistes sont moins bien que dans d’autres Thilliez. Visiblement le roman est fortement lié à un autre roman de Thilliez que je n’ai pas lu, Le Manuscrit Inachevé. Ce second roman apparait dans IE2F, notamment son épilogue original qui était soi disant disparu (LMI était prétendument écrit par un romancier fictif qui c’était suicidé, avec l’épilogue écrit par son fils à partir des indices laissés par son père). Le procédé est intéressant, mais les énigmes par acrostiches sont fortement mises en avant et donc facilement repérables.

Her Story, de Sam Barlow

Jeu vidéo narratif. Le protagoniste regarde les clips de 7 interviews de la même personne par des services de police en 94, pour essayer de comprendre le dossier criminel dans lequel elle est impliquée. On peut juste naviguer entre les extraits vidéos en les cherchant par mots-clefs. C’est assez minimaliste mais assez réussi. C’est court, une grosse heure, mais ça vaut le coup de l’avoir fait une fois.

Promenade parisienne

Une petite semaine à Paris, pour voir la famille, les ami.e.s, et se réapproprier un peu la ville (à chaque fois que je réarrive à Paris depuis la gare Montparnasse j’ai un petit mouvement de recul à base de « mais c’est bruyant, plein de monde et ultra dense et urbanisé », et il me faut le temps de retrouver les bons aspects). Une promenade sur les quais de Seine par grand soleil a aidé. J’ai retrouvé les séries de street-art que j’aime bien photographier et cataloguer, et Paris-plage ça avait l’air plutôt sympa sous ce soleil.

Mosaïque sur 2020, rue de Cluny
Morèje, jeu de piste 24 (rue des blancs manteaux)
C215, le Grand Siècle du Marais, François Couperin
Notre-Dame de Paris en réfection
Maisons médiévales
Tour Saint-Jacques
La Seine depuis sous le pont d’Arcole

La plus vieille religion, de Jean Bottéro

Essai historique détaillant ce que l’on sait de la religion mésopotamienne, via les fouilles archéologiques et les traductions des tablettes qui nous sont parvenues.

L’auteur détaille rapidement l’histoire de la Mésopotamie antique, le mélange des akkadiens et des sumériens, les cités-États, les empires locaux, etc. Puis il détaille la théogonie et la cosmogonie du pays : les dieux et déesses sont très nombreu[ses|x], avec une filiation qui se perd dans la nuit des temps. A un moment un dieu (lequel varie selon l’époque) décide de créer le monde tel qu’il est à partir d’un état initial plus amorphe. Plus tard les dieux créent les humain·e·s pour les servir (suite à une grève des dieux mineurs qui avaient ce rôle avant).

Dans la pratique, les gens se réfèrent principalement à un dieu donné qui est leur protecteur attitré. La piété passe par des sacrifices et des offrandes pour les dieux, à titre individuels ou dans des cérémonies à l’échelle d’une cité. Le calendrier liturgique était très riche. La religion est « intéressée » : les humain·e·s ont été créés pour servir les dieux, si on le fait correctement on peut attendre des récompenses de leur part. Servir les dieux voulait dire subvenir de façon très anthropomorphique à leurs besoins : on a retrouvé des inventaires des possessions des dieux et déesses (incarné·e·s dans leurs statues) dans leurs temples et des énumérations des quantités de nourriture préparées chaque jour à leur intention.

Enfin, l’auteur détaille deux autres aspects du rapport mésopotamien à la religion. D’abord, la divination, qu’elle soit faite sur les astres, les rêves, les événements surprenants ou dans les entrailles, qui répondait à des systèmes très fournis de correspondance et pouvait concerner le bas-peuple comme la conduite du pays. Il s’agissait là d’une divination d’un futur évitable, pas d’oracles comme dans les tragédies grecques où les tentatives d’évitement vont précipiter le Destin. Bottéro parle d’une approche « judiciaire » de la Destinée, où la divination permet de savoir quel est le jugement provisoire des Dieux, jugement susceptible d’un appel en demandant l’intercession des Dieux contre sacrifices, libations, etc.
Et enfin, la pratique de la magie/des exorcismes comme une façon de conjurer le mauvais sort. Originellement une pratique magique où les humain.e.s pouvaient éloigner les puissances mauvaises par leurs rituels, cela évolue avec le temps en une pratique d’appel aux Dieux, considérés comme seuls à même d’éloigner les forces mauvaises.
Le livre se conclue sur une brève revue des éléments de cette religion que l’on a pu retrouver dans des religions plus récentes, que ce soit les polythéismes gréco-romains ou les religions du Livre.

Globalement c’était un essai intéressant pour avoir une approche très vulgarisée de la religion mésopotamienne telle que l’assyriologie a pu la mettre en évidence.