Our Kind of Traitor, de John Le Carré

Premier Le Carré que je lisais en VO (et j’ai lu La Constance du Jardinier quand je devais avoir 15 ans). Une histoire d’espionnage bien foutu, notamment parce qu’il y a très peu d’espionnage et encore moins d’action montrée : tout est très feutré, on est dans la psychologie des personnages, leurs réactions à une tension qu’ils ne sont pas sûrs de ne pas imaginer, leurs hésitations et interrogations.

Le style de John Le Carré fait que ce n’était pas le bouquin le plus évident à lire en anglais, mais c’est aussi pour pouvoir apprécier le style plutôt qu’une écriture blanche que c’est intéressant de lire en VO.

Deadpool, de Tim Miller

Film des studios Marvel sur le personnage éponyme. C’était sympa à regarder mais j’ai pas trouvé ça extraordinaire. C’était très convenu pour un film de super-héros, tout en prétendant (au moins dans sa campagne promotionnelle) que ça allait s’éloigner du modèle traditionnel, être plus trash et plus réaliste. Et en fait, bah à part que y’a des gens qui meurent vraiment au lieu d’être assommés, bah c’est totalement dans la structure classique du film de super-héros, avec origin story, love interest, big bad et final showdown (oui je laisse volontairement les termes en anglais). Dans le genre subvertissement des films de héros par un gros studio hollywoodien, j’ai trouvé que Logan faisait beaucoup mieux le taff (pour le côté juste violence réaliste on peut aller voir du côté de Kick-Ass, pour plus de subversion encore des films de super-héros par des petits studios, Vincent n’a pas d’écailles par exemple).

Les bris du 4e mur servent aussi à excuser les faiblesses du scénario en les mettant en évidence, ce que je trouve un peu frustrant.

Saint-Ouen

Trajet de nuit en vélo qui passait par Saint-Ouen. Le coin est plein de chantiers éclairé par des projecteurs blancs intenses et d’immeubles vieillissants baigné de néons au sodium, c’est joli dans son style urbain particulier. Particulièrement quand la chaussée a été mouillée par la pluie et que la lumière se reflète dedans, mais c’était pas le cas ce jour-là (« Eh bah. »)

Chantier de la ligne 14
Vélo et vapeur
Feu de signalisation et vapeur
Sculptures abstraites
Route et vapeur
Chantier et route

Joe Hill, de Bo Widerberg

Biopic tourné en 1970 sur la vie du syndicaliste américain du début du XXe siècle Joe Hill. Je n’ai pas été transcendé. Le film prend l’angle de l’anecdotique et de l’histoire construite individuellement par les grands hommes, un peu dommage pour un film sur un syndicaliste. Beaucoup d’ellipses qui font qu’on comprend assez peu les motivations du personnage principal, pourquoi il est convaincu par le syndicalisme, pourquoi il décide de ne pas se défendre davantage contre les accusations de meurtre…

Le syndicalisme sert en fait beaucoup de toile de fond pour dérouler sa vie, on voit très peu les enjeux syndicaux : on nous montre des inégalités, une absence totale de sécurité sur les lieux de travail, mais c’est passé très vite.

Tous au Larzac, de Christian Rouaud

Documentaire sur la lutte dans les années 70 contre l’extension du camp militaire sur le plateau du Larzac. La lutte commence par les paysan.ne.s locales et locaux qui ne veulent pas se faire exproprier alors que le plateau est redevenu dynamique depuis quelques années, avec de nouvelles installations. Puis des mouvements dans toute la France rejoignent les paysan.ne.s du plateau pour les soutenir, que ce soit les organisations agricoles (qui gardent une certaine distance) ou des comités locaux de soutien au Larzac dans toutes les villes).

Le documentaire fait parler les actrices et acteurs de l’époque, montre des images d’archives et évite la voix-off. Il montre les différentes formes qu’a pris la lutte : marches, convois de tracteurs, rassemblement sur le plateau, sur Paris, manifestations dans différentes villes. La résonance donnée à la lutte fera que Mitterand mettra l’abandon du projet d’extension dans son programme, actée à son élection en 81.

Le réseau de solidarité et de conscientisation des participant.e.s à la lutte ne s’est pour autant pas délité avec la victoire contre le projet d’extension, et les paysan.ne.s échangent toujours beaucoup, une partie des terres rachetées pour empêcher la cooptation par le camp est toujours gérée en commun et le réseau est actif et militant, notamment dans les questions d’orientation agricoles (contre les OGM, l’agriculture mondialisée, par exemple)

Article invité : recommandations webcomics Mc

Suite à mon article sur Wilde Life, Mc a remarqué que c’était un webcomics qu’il connaissait et suivait de longue date, et qu’il aurait pu me le recommander. Du coup, il a accepté de faire une liste de recommandations de webcomics, que je publie ici avec son aimable autorisation (J’adore dire que j’ai des aimables autorisations, je trouve ça hyper-classe)

==Pas d’histoire, tous ultra-connus==
Saturday Morning Breakfast Cereal => geek must-read (update /jour)
Cyanide & happiness => humour noir, souvent nsfw (update souvent)
xkcd => geek must-read (update 3/semaine)
Commit Strip => la vie quotidienne dans une SS2I, nécessite souvent une certaine culture informatique (en français, update souvent)
PhD comics => la vie académique, nécessite souvent une certaine culture académique (updates irrégulières)
Dilbert => l’absurde de la vie en entreprise (NB: l’auteur est un crackpot trumpiste avec un blog chelou) (quotidien)
Existential Comics => philosophique, ultra intéressant (hebdomadaire, suivre @existentialcoms sur twitter est un bonus cool)

==Histoire==
The Order of the Stick => une histoire de jeu de rôle type D&D, très recherchée, 1111 épisodes (updates rares)
Boy who fell => style manga, sur un enfant enlevé dans les enfers (vus comme une sorte de monde parallèle). Histoire très captivante, univers assez développé (iirc aidé par pas mal de trucs parallèles sur tumblr mais je ne les suis pas) (update 2/semaine)
Wilde Life => déjà présenté (ici)
Metacarpolis => « an adventure/sci-fi/fantasy/comedy/whatever comic », histoire très absurde et souvent comique (le alt-text aide, comme dans wildelife) (update 2/semaine)
Ctrl+Alt+Del => thème jeux vidéos, originellement une longue histoire (finie), maintenant alternant entre un reboot de celle-ci et des strips indépendants (updates 3/semaine)
Always Human => histoire d’amour dans un contexte SciFi, histoire terminée, art sublime, musique composée pour aller avec l’histoire, personnages cool auxquels on s’identifie facilement, probablement une des seules histoires qui aura autant réussi à me faire sourire et pleurer.

Au niveau de ceux que je recommande particulièrement (et où ya de quoi dire des trucs en reviewant), ya OOTS mais qui demande un certain investissement et frustre quand on arrive à la dernière update (enfin ça prend qq jours quand même); wilde life; TBWF et always human. Metacarpolis vient après, et CAD aussi (c’est un peu dur de se mettre dedans sans un certain investissement, mais ça existe depuis 2002, et l’histoire longue de base [finie bien que rebootée] est cool^^)

Les Sentiments du Prince Charles, de Liv Strömquist

Bande dessinée sur les rapports et les différents positionnement hommes/femmes dans une relation hétéro dans la société hétéropatriarcale actuelle.

C’est très intéressant, en tant que mec hétéro moi-même j’y ai très vite reconnu pour partie mes propres comportements. Et ça met bien en évidence que se dire et se vouloir féministe, même en s’étant documenté, même en faisant preuve de bonne volonté, ne permet pas d’effacer tout le conditionnement social que la société vous a inculqué. La lutte est intérieure et de tous les instants.

Après j’ai pas été convaincu pareil par toutes les parties de la BD : je suis tout à fait d’accord avec ce qu’elle raconte mais parfois t’as l’impression que c’est assené juste en mode « c’est comme ça et voilà » et tu restes un peu sur ta faim sur les mécanismes, mais après toutes les références sont précisées donc c’est possible de creuser.

Le Mythe de Sisyphe, d’Albert Camus

Dans cet essai, Camus tente de répondre à la question « si la vie, l’univers et le reste n’ont aucun sens, pourquoi vivre ? »

Déjà il pose le fait que la vie n’a effectivement pas de sens, s’il n’y a pas de puissance supérieure, de plan divin ou de vie après la mort. On ne vit pas pour se comporter suffisamment bien pour accéder au niveau suivant ou en suivant une morale extérieure ou de façon à remplir tels ou tels objectifs, juste on vit, et au bout d’un moment on arrête de vivre, merci au revoir. Mais on voudrait perpétuellement trouver un sens aux choses. Camus appelle ça l’absurde, et note que c’est suffisamment gênant et angoissant pour que la plupart des gens décident de ne juste pas regarder en face l’idée de la mort, et vivent comme si ça devait durer toujours, en accumulant du capital, des expériences, en planifiant pour plus tard… Il y a des stratégies d’évitement par les loisirs, pour éviter la dissonance cognitive. On peut aussi croire en des trucs plus grands que l’individu (religion, descendance, société (même si à part pour la religion, en considérant que l’espèce est mortelle aussi c’est juste repousser le problème). On peut aussi décider que c’est trop compliqué, inappréhendable et que l’on vit tant qu’on peut et qu’on verra quand ça viendra pour la mort.

Bref, si on regarde le fait de la mortalité en face, si on fait doit faire des sacrifices, gérer des trucs, s’emmerder avec de la logistique pour juste mourir à la fin, pourquoi ne pas sauter les péripéties et directement mourir ? Est-ce que philosophiquement ce ne serait pas plus cohérent ? « La vie n’a pas de sens donc merci mais non merci. » Bah après avoir quand même pas mal orienté la discussion vers là rhétoriquement, Camus nous dit « Eh bah non, pas du tout les gars ! »

Au contraire, c’est précisément parce que la vie n’a pas de sens préétabli qu’elle vaut le coup d’être vécu. Elle échappe à toute logique qui la transcenderait, c’est une occasion unique de faire absolument ce qu’on veut en suivant sa propre boussole interne (ie pas « Absolument tout est permis et personne peut rien te reprocher », mais « Tu juges en ton âme et conscience ce que tu veux faire et ce que tu es prêt à accepter comme conséquence de la société/du monde physique. »)

En résumé :

http://nihilistgirlfriend.tumblr.com/post/166725664100/nihilistgirlfriend-optimistic-nihilism-only

Bref, ok, mais je trouve pas que Camus fasse l’argumentaire le plus convaincant en faveur de ce point de vue (typiquement le tumblr post plus haut y réussit vachement mieux à mon sens).

La suite de la thèse de Camus c’est qu’il faut tendre à optimiser la durée de vie consciente, ie où l’on sait que l’on est vivant mais qu’on mourra un jour et que chaque instant est unique et précieux (YOLO Camus, I guess), et être sans cesse dans cette tension plutôt que vivre dans la routine. Ok mais ça doit être épuisant à faire. Et est-ce que ça justifie pas de tout faire pour faire advenir le transhumanisme pour étirer encore sa durée de vie et donc sa durée de vie consciente ?

Ensuite Camus analyse deux-trois modes de vie qui illustrent cette vie consciente : l’acteur, le conquérant et le séducteur. Et là je dois dire que ça devient juste du bullshit.

Puis ça finit sur une comparaison de l’absurde de la vie au châtiment de Sisyphe (d’où le titre du bouquin) : la vie n’a pas plus de sens que monter un rocher en haut d’une montagne pour le voir redescendre aussitôt, mais il faut considérer que Sisyphe est heureux pendant qu’il redescend chercher son rocher… Well… OK ? Désolé mais je vois pas ce que tout le monde trouve à cette comparaison, ça pue le faussement profond pour moi : Sisyphe il n’est pas là sans contrainte, il est précisément soumis à une volonté divine et c’est un châtiment. Et il est là pour l’éternité, il ne se débat pas avec le concept de faire ça sur une courte période de temps avant de disparaître pour toujours. Il ne choisit pas en son âme et conscience le chemin qu’il veut prendre et les actions qu’il exécute, il est le jouet du destin. Bref, il faut imaginer Sisyphe heureux, et sans dieux et volontaire, et mortel.

La Nuit Américaine, de François Truffaut

Un film qui parle de cinéma, et plus précisément qui parle du tournage d’un film fictif, Je vous présente Paméla. Truffaut joue le rôle du réalisateur dans le film, et plus généralement il y a plein d’échos entre le vrai tournage, le tournage dans le film et le film dans le film. La vie amoureuse des personnages notamment fait écho au film dans le film.

Très sympa à voir, excellente bande-son, bon rythme. Très bons personnages, notamment féminins. Très bon personnage de mec idiot dans la personne d’Alphonse aussi, qui demande à tout le monde « est-ce que les femmes sont magiques ? » parce que personne lui donne la réponse qu’il veut.