Mama’s Last Hug, de Frans de Waal

Essai sur les émotions des animaux, par un primatologue. Frans de Waal expose des travaux, les siens ou ceux d’autres primatologues et plus généralement éthologues, sur les émotions animales (il distingue les émotions, un processus cognitif assez répandu dans le monde animal, des sentiments, une construction sociale basé sur les émotions – pensez à la différence entre sexe et genre si vous êtes familier.e des études de genre), leur répartition assez large dans le monde animal, l’histoire de leur étude (et surtout le fait que pendant longtemps les scientifiques ont refusé de parler d’émotions parce que c’était réservé aux humain.e.s et que les animaux avaient donc des « stimulis réactionnels » ou whatever).

C’était très intéressant et fort bien vulgarisé, j’ai appris plein de trucs sur les structures sociales des chimpanzés, le sens de la justice des capucins, la perception du futur, du concept de mort et l’humour des grands singes en général. Je recommande.

Le Daim, de Quentin Dupieux

Georges quitte tout pour acheter un blouson à franges en daim, et s’installe dans le village du vendeur. Là il décide de concert avec le blouson de réaliser son rêve d’être la seule personne au monde à porter un blouson. Payant au début les gens pour qu’ils jurent devant caméra de ne plus jamais porter de blouson, il se rend finalement compte qu’il y a une façon bien plus simple d’arriver à son but. En parallèle, George commence à tourner un film amateur, et s’y retrouve poussé par une monteuse qui est serveuse comme job alimentaire…

Beaucoup plus direct que les films habituels de Dupieux, on a même un scénario qui va d’un point A à un point B ici ! Le film parle d’obsession et de cinéma, Dujardin et Haenel sont très bons dans leur rôles.
Je recommande, sans que ce soit un film ultra marquant pour autant.

Bird Box, de Susanne Bier

Film d’horreur/post-apo sorti en 2018. Des créatures invisibles au spectateur poussent ceux qui les voient à se suicider. Les humain.e.s qui ont survécu à l’impact initial vivent dans des maisons aux fenêtres masquées par des rideaux, et ne sortent qu’équipé .e. s d’un bandeau. Dans ce monde, on suit la vie de Malorie, juste après l’impact initial alors qu’elle est enceinte, et 5 ans plus tard alors qu’elle descend une rivière accompagnée de deux enfants nommés Boy et Girl pour atteindre un potentiel sanctuaire.

J’ai plutôt bien aimé. Il y a quelques points qui ne vont pas (genre leur description de la folie), mais le personnage de Malorie est bien caractérisé, pas cliché. Le coup de la privation visuelle est bien exploité, ils n’ont pas fait la même erreur que dans A Quiet Place, où c’est totalement central au film et super mal exploité, là ça reste anecdotique, avec plusieurs astuces utilisées par les personnages.

Lac d’Anglas (3/3)

Comme dit dans le premier post, on a rencontré quelques vestiges industriels, plus spécifiquement une conduite forcée et une station de je sais pas trop quoi qui y était connecté, ainsi que les reste d’une mine de fer. Il y avait une faille qui permettait de rentrer dans la mine mais c’était un gouffre à pic et je n’avais ni corde ni baudrier ni frontale, j’ai donc judicieusement décidé de ne pas.

Conduite forcée
Roues
Ancien treuil
Couve
Roues, seconde vue
Manivelle
Ancien bâtiment des mines de fer

Lac d’Anglas (1/3)

La seconde fois fut la bonne ! Après un premier essai en août, notre deuxième tentative de randonner autour des lacs d’Anglas, Lavedan et Uzious fut un succès. Grand beau temps, paysages magnifique qui ont bénéficié des premières neiges, ruines industrielles, rythme soutenu, ce fut une excellente randonnée.

Bosquet d’arbres et sommets (pour comparaison avec la dernière fois : photo prise au même endroit)
Muraille rocheuse
Cascade d’Anglas
Vue sur la vallée, vers Gourette. On devine la plaine au loin
Sommet enneigé
Lac d’Anglas, 1
Lac d’Anglas, 2
Vers la suite des aventures…

The Calculating Stars et The Fated Sky, de Mary Robinette Kowal

Uchronie sur la Conquête de l’espace. En 1952, une météorite frappe la Terre au large de la côte Est des USA. L’impact ravage la côte mais surtout, projette des quantités massives de vapeur d’eau dans l’atmosphère, initiant un effet de serre qui pourrait rendre la planète inhabitable sous 50 ans. Un programme spatial international est alors lancé, avec l’objectif d’établir une colonie martienne. Au cœur de ces événements, Anselma « Elma » York, qui travaillait déjà pour le programme spatial américain balbutiant, va faire tout ce qui est en son pouvoir pour que le Corps des Astronautes soit ouvert aux femmes et qu’elle ait elle-même la possibilité de partir dans l’espace.

C’est prenant. Je l’ai lu en une nuit, de 23h à 7h. La narration entremèle les progrès du programme spatial : Elma travaille comme computer au sein du programme et son mari est l’ingénieur en chef qui le dirige, et le combat d’Elma contre la discrimination – des femmes en général, des femmes non-blanches aussi, et contre ses propres angoisses. Le personnage d’Elma est un peu une Mary Sue, mais il est aussi complexe : c’est une pilote, une surdouée des maths (et une geek complête, elle énumére des séquences mathématiques pour se calmer quand elle stresse), elle fait des crises d’angoisse, elle est juive avec une relation fluctuante à la pratique de la religion…
Le roman réussit à développer de nombreux personnages secondaires intéressants, qui permettent de développer les différentes facettes d’Elma :

  • son mari, qui est un peu l’allié parfait,
  • sa nemesis au sein du programme, qu’elle connaît depuis la WWII et qui est un astronaute doué mais arrogant qui jure de tout faire pour l’empêcher de quitter la Terre,
  • ses collègues computer, parmi lesquelles des femmes racisés qui la force à reconsidérer ses propres privilèges (Elma est blanche),
  • son frère qui permet de discuter la jeunesse d’Elma.

il aurait été intéressant que les différentes interactions soient moins du « Emma vs une facette de sa vie » et qu’il y ait davantage de croisements entre les différents aspects de sa vie.
Le roman aurait aussi pu bénéficier d’un meilleur travail d’édition : il y a plusieurs passages redondants qui auraient pu être retravaillés. Ce n’est pas très gênant à la lecture mais on est quand même là « oui oui, j’ai compris, c’est la troisième fois que tu détailles ça »

Deuxième tome : The Fated Sky


Je l’ai préféré au premier. Je pense qu’il bénéficie de ne pas avoir à faire tout le travail d’introduction et de caractérisation des personnages qui est effectué dans le tome 1, mais de plus, l’action est plus resserrée (on se concentre sur la préparation et la participation d’Elma à la première expédition vers Mars). Les personnages sont à nouveau très réussis dans ce roman, notamment sa nemesis (qui n’en est plus trop une), qui est vraiment le personnage le plus complexe du roman.
Voyage sur Mars oblige, il y a aussi moins de scènes de sexe entre Elma et son mari (enfin de scène de « on commence à évoquer du sexe puis on jette un voile pudique »). C’est tant mieux parce que de façon générale les descriptions d’interactions sexuelles apportent rarement quelque chose dans les romans à mon avis, mais en plus ici vu qu’elles sont invariablement décrite avec des analogies avec les lancements de fusée (get it ? Get it? GET IT?) elles étaient carrément reloues.

Je recommande.

My Absolute Darling, de Gabriel Tallent

J’ai beaucoup aimé. Turtle, 14 ans, vit seule avec son père dans une maison se délabrant progressivement, sur un immense domaine en Californie du Nord. Son père est incroyablement charismatique, survivaliste convaincu, il apprend à sa fille le maniement des armes à feu et la survie en milieu hostile. Et surtout, il l’abuse psychologiquement et sexuellement.

Le livre est écrit du point de vue de Turtle, et il est très bien écrit. Sa relation avec son père, l’emprise psychologique qu’il a sur elle, comment ça affecte sa perception d’elle-même, sa compréhension qu’il y a quelque chose de profondément anormal et en même temps ses second-guessing sur ses déclarations d’amour est très bien rendu. Son émancipation progressive de cette emprise, catalysée par la rencontre avec d’autres personnes qui vont lui fournir des modèles alternatifs de relations familiales et le comportement toujours empirant de son père est très bien rendu aussi.

L’autre point fort du bouquin c’est sa description de la Nature et de la relation que Turtle a cette nature. Il y a de très belles descriptions (et je me rend compte que je manque de vocabulaire botanique en anglais).

Grosse recommandation.

Léon Morin, prêtre, de Jean-Pierre Melville

Film de 1961. Durant la seconde guerre mondiale et à la Libération, une militante communiste, Barny, a une conversation suivie avec un prêtre. Commencée avec l’optique de lui montrer que l’Eglise est dévoyée, elle se laisse peu à peu convaincre par ses arguments en faveur de la foi, trouvant en lui un prêtre jeune, moderne, et inspiré par la théologie de la libération le catholicisme social (cf commentaire) plus que par le dogme (et particulièrement beau – il est joué par Belmondo, et sa beauté est un des points abordés plusieurs fois par le film). En parallèle, on voit ses activités de militante communiste et de travailleuse à l’école dans le cadre de la guerre et de la Libération.

Sur le papier c’est intéressant, mais même si l’héroïne est indépendante et active, dans sa relation avec Léon Morin, elle ne réussit jamais à avoir le dessus intellectuellement, et si elle est attirée par lui physiquement, et que c’est intéressant d’avoir un film qui parle de beauté masculine, on a quand même l’impression que ça la handicape et la place en position de faiblesse dans leur relation intellectuelle.