Nouvelle Vague

On pourrait parler de cinéma français, ce serait cool. Malheureusement, c’est plutôt de l’épidémiologie amatrice que je vais faire ici.

Or donc, wouhou c’est la seconde vague. On y est, on y est bien, l’Europe se reconfine, le gouvernement s’offre un petit trip années 30s avec un couvre-feu (moi ça m’évoque la scène d’ouverture de V pour Vendetta les couvre-feu, c’est super sympa et totalement une réponse adaptée à un virus sans aucune dérive possible).

Au delà de râler sur le fait qu’on a un gouvernement de connards incompétents, que faire ?

Premièrement, parlons d’épidémiologie. On est dans la même situation qu’en mars, donc les mêmes recommandations s’appliquent : avant tout, distanciez-vous socialement (et physiquement) Vous devriez y être aidé par les mesures liberticides, mais n’appliquez pas bêtement les consignes gouvernementales. Prenez le temps de vous poser pour vous demander quels sont les interactions physiques que vous êtes prêt.e.s à (ou en capacité de) repousser ou annuler. Voyez moins de gens à la fois. Voyez les gens en extérieur, et en gardant vos distances. Mettez un masque si vous devez rester longtemps proche de quelqu’un d’autre.

Sur les masques d’ailleurs, si vous en avez à volonté, c’est cool. Sinon, stratégisez. Demandez-vous quelles interactions sociales ou quelles personnes vous voulez protéger à tout prix, et réservez des masques propres ou jetables pour celles-là, que vous ne gardez que 4 heures (idéalement évidemment vous feriez ça pour toutes vos interactions – mais perso j’ai un stock limité de masques, je gère le réel tant que l’État distribue pas des masques à tout le monde).

Lavez-vous les mains avant de sortir, régulièrement à l’extérieur, et dès que vous rentrez chez vous, ne vous touchez pas le visage à l’extérieur (le masque aide pour ça), touchez moins de trucs à mains nues si vous pouvez. Reprocurez-vous du gel hydroalcoolique si vous n’en avez plus.

Si vous êtes en position de télétravailler, faites-le. Même partiellement, vous limitez vos expositions. Si vous êtes en position d’imposer le télétravail à d’autres gens, faites-le encore plus. Faites toutes vos courses pour la semaine en une seule fois pour limiter votre présence en magasin. Si vous le pouvez, visez les horaires avec peu d’affluences, ou les retraits façon drive.

Anticipez votre possible contamination et quatorzaine : pour ça comme en mars, faites un stock de produits qui vous permettrons de tenir 15 jours sans sortir de chez vous. Conserves, soupes, mouchoirs, PQ. Visez 15 jours, ne dévalisez pas les magasins. Prenez de la confort food aussi, parce qu’être malade et n’avoir que du riz sans assaisonnement à bouffer, c’est nul.

C’est aussi le bon moment pour vous poser la question de où et comment est-ce que vous allez passer un potentiel reconfinement : parlez avec vos proches si ça implique une décision collective. Réfléchissez aux questions de logistique. Anticiper les choses vous simplifiera tout. Si y’a un jeu de société que vous voulez tester depuis longtemps ou un livre que vous vouliez lire, procurez-vous le maintenant plutôt que dans 15 jours (et même si ça confine pas, ce sera toujours pratique pour le couvre-feu)

Question santé mentale, prenez des nouvelles des gens, skypez ou équivalent, comme durant le confinement. Essayez de sortir un peu dans des endroits où l’on peut être seul·e. Réfléchissez à comment vous réorganiser une routine si elle a été perturbée par les restrictions (sociabilisation, occupation du temps, façon de faire du sport). Le couvre-feu c’est chiant, et tant qu’on sera pas en confinement y’aura en plus des relents de responsabilités individuelles sur les contaminations. Prenez soin de vous, prenez soin des autres.

Pour référence, l’article précédent qui parlait d’épidémio et de confinement : Confinement et Conséquences.

Century Rain, d’Alastair Reynolds

200 ans dans le futur, les humains sont divisés en deux factions, les Treshers qui limitent leur usage de la technologie, et les Slashers, qui l’embrassent sans restriction. Les premiers contrôlent le voisinage de la Terre inhabitable, les seconds un réseau de trous de vers à travers la galaxie. Alors que les relations entre les deux factions se tendent de plus en plus, promettant une nouvelle guerre dans un futur proche, les autorités Treshers recrutent une archéologue : une réplique de la Terre des années 50s – dont l’Histoire aurait divergé dans les années 30 – a été découverte dans un artefact alien gigantesque. Une planète entière déjà habitable, une découverte majeure qui pourrait changer le cours de la guerre à venir.
On suit en parallèle l’Histoire de cette archéologue envoyée infiltrer Terre-2, et celle d’un natif de ce monde, un détective privé franco-américain. Évidemment les deux vont se rencontrer et s’épauler.

J’ai bien aimé. Les codes du polar noir mis en œuvre sont intéressant, avec de brusques changements de tons suite à l’irruption de partie SF. Ca donne parfois un peu trop dans le cliché du détective dur à cuire qui tombe amoureuse de clientes mystérieuses et dangereuses mais ok. J’aurai bien voulu plus de détails sur ce monde au développement arrêté (la prémice fait un peu penser à celle de Burning Paradise, de RC Wilson). Sans être le roman de la décennie, on passe un très bon moment avec.

Dans un rayon de soleil (On a sunbeam), de Tillie Walden.

Roman graphique de 400 pages. Mia termine ses études en pensionnat et rejoint l’équipage d’un vaisseau spatial qui rénove des bâtiments. On découvre en parallèle sa vie avec l’équipage du vaisseau et ses années en pensionnat. C’est difficile d’en dire plus sans divulgacher, et ça vaut le coup de rentrer dedans sans en savoir trop. L’univers est très original, limite onirique et très clairement poétique. Ça parle d’exploration spatiale, d’Histoire, d’architecture et de rénovations, de Sentiments, de liens familiaux. Le dessin est juste magnifique. J’avais bien aimé Sur la route de West de la même autrice mais sans plus, là c’est une grosse claque, probablement ma recommandation de l’année 2020.

C.O.W.L., de Kyle Higgins

Chicago, années 60. Les super-héros existent. Ils sont regroupés dans un syndicat, la Chicago Organized Workers League, qui a un contrat avec la ville leur donnant juridiction pour intervenir contre les super-vilains, sous certaines conditions, et avec une rémunération, des horaires de travail, des primes de risque… Le dernier des grands super-vilains a été appréhendé, et la renégociation du contrat avec la Mairie est en cours, ce qui risquent d’influencer sur ses clauses – en effet, les super-héros coutent cher, en l’absence de menace la ville peut-elle vraiment se permettre un contrat si onéreux ?

J’ai beaucoup aimé. Les super-héros sont surtout un prétexte pour parler de thèmes sociaux. La ligne narrative sur l’héroïne qui n’en peut plus du sexisme ambiant qui fait qu’on la considère comme de seconde catégorie alors qu’elle est surpuissante est réussie (même si le personnage fait un peu trop de la schtroumpfette), le dessin est cool et rend bien l’atmosphère de film noir de l’histoire.

The Third Day, de Dennis Kelly et Felix Barrett

Thriller psychologique diffusé par HBO, en 6+1 épisodes. 6 +1 parce que l’épisode central durait 12h et était diffusé en direct, une performance intéressante.

Les trois premiers épisodes se déroulent en été : Jude Law incarne un père de famille qui se retrouve sur Osea, une île au large des côtes anglaises avec des croyances païennes toujours d’actualité. Venu pour ramener une enfant insulaire perdu sur le continent, il se retrouve rapidement impliqué dans les secrets que recèle l’île.

La seconde partie se déroule 9 mois plus tard en hiver, quand Cass, l’épouse de Jude Law jouée par Naomie Harris vient sur l’île avec leurs deux filles. J’ai bien aimé la première partie, beaucoup moins la seconde : on s’attend à ce qu’elle résolve les questions mises en place durant la première, mais ce n’est pas le cas. Tout les éléments un peu mystiques sont ignorés – ce qui peut être intéressant si on considère qu’on avait le pt de vue de Sam, plus prompt à y croire et à se laisser influencer dans la première partie – mais sans être remplacé par des explications rationnelles : à la place on nous balance une nouvelle histoire – et qui perd en force du fait de se diviser entre les 3 points de vue de Cass, Lu et Ellie (ses deux filles) alors qu’on avait une focalisation sur un point de vue unique dans la première partie.

Bref, bon concept mais réalisation ratée.

East of West, de Jonathan Hickman et Nick Dragotta

Série de comics en 10 tomes (et terminée). Dans un univers alternatif, la guerre de Sécession américaine a pris un tour différent avant d’être brutalement interrompue par la chute d’une météorite sur le continent américain. Ce qui dans notre réalité correspond aux USA est divisé en 7 pays différents. Durant la seconde moitié du XXIe siècle, la réapparition des cavaliers de l’Apocalypse sur ce territoire va conduire à la mise en branle des événements conduisant à l’Armageddon tel que décrit dans Le Message, un livre sacré écrit sur le territoire américain.

L’univers est intéressant, c’est un mélange de SF et de western dans un univers uchronique. On suit plusieurs factions : La Mort qui a fait sécession des trois autres Cavaliers, les 3 cavaliers, et différentes dirigeants des Nations d’Amérique, croyant au Message et déterminé à le faire advenir. Ça fait parfois dans le gore un peu gratuit, avec des démons plein de pustules, mais l’univers est très original et le dessin est beau. L’histoire oscille entre mysticisme, manipulations politiques, surnaturel et donc western et SF.

Pour l’Empire, de Bastien Vivès et Chabane Merwan

Bande dessinée française. Un Empire non nommé mais qui est clairement l’Empire Romain à son apogée envoie une troupe de soldats sur les traces des civilisations passées, au delà du monde connu ; très vite le voyage des soldats prend une dimension symbolique, le paysage et le passage du temps n’obéissant plus aux règles de la physique

Le dessin est beau, j’ai bien aimé le 3e tome, mais le second était assez pourri et sexiste. Le premier installe les choses et est lent. Du coup dans l’ensemble je dirai bilan un peu négatif ? Y’avait du potentiel mais il n’a pas été correctement exploité.

Article invité : Anima, de Wajdi Mouawad

J’étais pourtant prévenue : « C’est bien mais c’est trash ». J’ai lu Anima en quelques semaines, à raison de quelques chapitres chaque soir, et je l’ai plusieurs fois refermé avec les tripes retournées.

Wahhch, le personnage principal, cherche l’homme qui a tué sa femme. Ou plutôt : qui l’a violée et massacrée de manière atroce. Sa quête le conduit à travers le Canada et les États-Unis dans des réserves autochtones et des villages paumés, sur la piste du tueur mais aussi de sa propre histoire. Et tout cela, raconté dans une succession de courts chapitres, par des animaux : le poisson du coroner, le chien d’un chef de gang, un pigeon, une mouche, un singe, etc. qui voient, sentent, perçoivent, entendent et interagissent avec les humains, chacun de manière particulière, et permettent de reconstituer le parcours de Wahhch. Avec en filigrane des questions sur la bestialité, la sauvagerie, la monstruosité, l’identité, ce qui fait l’humanité, la frontière entre homme et animal.

Le roman est une succession de moments extrêmement violents (viols, meurtres, tortures), et (volontairement) éprouvant à lire à cause de cela (le dernier chapitre est particulièrement hardcore). C’est aussi un roman hyper masculin. Les quelques personnages de femmes servent de moteurs pour faire avancer l’histoire (en étant tuée par un homme, en sauvant un homme (et en couchant avec lui au passage), en étant la femme, la fille ou la sœur d’un homme qui tue des femmes ou qui veut se venger), elles ont un rôle narratif mais très peu de profondeur ou de passé (à l’exception de Winona). Quand Wahhch évoque Léonie, sa femme, c’est toujours pour s’examiner lui, plongé dans une quête de vérité qui ne le concerne en fait que lui-même. Ni cette femme, ni leur relation passée ne sont décrites : ce n’est pas le propos. En résulte un univers violent d’hommes violents, vu à travers les yeux d’un papillon ou d’une souris, au sein duquel un homme sans repères cherche à se retrouver (ou se perdre).

Sans déconseiller ce roman qui est vraiment impressionnant dans son écriture et frappant par les questions qu’il aborde, je dois avouer l’avoir fini en me demandant si j’avais bien fait de m’infliger ça…

Yoga, d’Emmanuel Carrère

Le dernier Carrère paru. E. Carrère y parle de sa pratique de la méditation, du yoga et du taichi, de son internement à Saint-Anne suite à un épisode de dépression particulièrement violent, de son séjour à Léros pour donner des cours dans un camp de réfugiés, et de son processus d’écriture et son rapport à ses éditeurs.

Le livre est écrit en chapitres relativement courts, souvent deux trois pages, ça fait presque une écriture fragmentaire. Son projet initial était de parler uniquement de yoga et méditation, projet avorté quand il doit quitter son stage de méditation à cause d’événements extérieurs, puis à cause de sa dépression. Il entremêle donc les thèmes, et le livre parle de comment son propre sujet a été détourné. C’est, comme tous ses bouquins, très autocentré, mais ça m’a plus gêné dans celui là que dans d’autres ; il se lit bien mais il n’est pas au niveau de Limonov ou D’autres vies que la mienne.

Le Dernier Atlas, de Fabien Vehlmann, Gwen de Bonneval, Hervé Tanquerelle et Fred Blanchard

Une uchronie française avec des robots géants et une guerre d’Algérie qui a eu lieu 10 ans plus tard. Mais ça reste un fond assez lointain pendant une bonne part de la BD, qui parle de gangs mafieux et de phénomènes physiques inexplicables.

Le scénario est dense et intéressant, j’aime beaucoup le dessin, l’uchronie est à la fois discrète et originale (la divergence et la chronologie de la France sont détaillée à la fin du 1er tome), grosse recommandation. Le tome 2 sortira normalement en mars 2020.

Couverture du tome 1

EDIT 10/2020 : Le tome 2 était très bien aussi, l’histoire continue à se développer, l’Atlas a un équipage au complet, et on commence à se demander si la construction des Atlas ne va pas être relancée, avec un scénario qui fait légèrement penser à Neon Genesis Evangelion sur certains points qui font vraiment Mecha vs Aliens. On a aussi la backstory de pourquoi le George Sand était un Atlas particulier. Vivement le tome 3.