Cordes sur Ciel

Randonnée à vélo depuis Albi jusqu’à Cordes sur Ciel, élu village préféré des français.es en 2014 (d’après la plaque apposée sur la mairie). C’est un joli village médiéval construit en eau d’une colline pour repérer les catholiques qui viennent réprimer les cathares (et de façon plus générale pour des raisons défensives). Entre le ciel qui n’a pas voulu laisser passer un seul rayon de soleil et la fermeture générale des magasins pour cause de pandémie dans un village qui semble essentiellement vivre du tourisme (et possède une densité incroyable d’atelier d’artisan.es), l’ambiance était un peu étrange.

Sinon la rando vélo c’était sympa mais Un Peu™ trop long : j’ai fait 52 km dans la journée, et c’était vallonné, et y’avait un vent persistant de face avec des rafales bien violentes sur tout le retour. Je suis rentré un peu cuit, mais je suis content de l’avoir fait.

Sur le chemin

Sur le chemin je suis tombé sur l’église de saint-Jean le Froid, une petite église au milieu des champs avec juste le cimetière collé à l’église. Il y a visiblement des travaux de réfection et de mise en valeur du patrimoine qui ont été faits, mais on sent qu’il y a peu d’argent dans la commune.

Église de saint-Jean le Froid
Église de saint-Jean le Froid
Église de saint-Jean le Froid, détail
Cordes
Chapelle dans Cordes
Maison bourgeoise
Vue depuis les murs de Cordes
Depuis une des poternes
Une des rues

A Deadly Education, de Naomi Novik

Premier tome d’une série sur une école de magie. Galadriel, fille d’une mage-guérisseuse hippie, a été acceptée dans la Scholomance, la seule école de magie du monde. Si on y apprend bien l’usage des sorts, la fonction principale de la Scholomance est plus basique : elle sert de forteresse pour protéger les jeunes sorciers de toutes les créatures maléfiques qui se nourrissent de magie et visent en priorité les magiciens les plus inexpérimentés. Mais les défenses de l’École sont imparfaites, et des maleficaria parviennent régulièrement à entrer, fournissant le parfait incitatif pour apprendre au plus vite des sorts pour se protéger.

J’ai beaucoup aimé (j’ai lu le tome plus ou moins d’un seul coup). Beaucoup de questions qui restent sans réponse à la fin, mais le tome a quand même en soi une fin satisfaisante. J’espère que Novik va aborder dans le tome suivant les raisons qui font qu’à la fois l’école et la magie de l’univers fonctionnent d’une façon qui semble faite pour tuer les élèves et créer des prophéties autoréalisatrices ; parce que ça fait un fort bon univers mais si la réponse est juste « parce que c’est fun » c’est un peu dommage.

Le fonctionnement de la communauté magique est intéressant et original : la magie demande beaucoup plus d’énergie pour fonctionner en présence des personnes sans pouvoirs, ce qui justifie l’isolation de la communauté magique. Parallèlement, la magie est une énergie convoité par toutes les créatures maléfiques, ce qui fait que les sorcièr.es sont toujours sur la défensive. Toute la mise en scène d’une méritocratie biaisée en faveur de ceux déjà au sommet de la pyramide est fort intéressante, et très réussie.

Enfin, par rapport aux Novik précédents (ceux que j’ai lus en tous cas), la dynamique de couple est plus intéressante et moins clichée. J’espère que ça va continuer dans les tomes suivant. De ce point de vue là j’ai un peu l’impression de lire une version réussie de La Passe-Miroir. Le personnage de himbo d’Orion est très réussi. Pour l’intrigue plus générale, l’école de magie où les élèves sont misérables et en danger de mort fait penser à Vita Nostra, en moins russe et plus jeunesse dans l’écriture.

L’Opinion française sous Vichy, de Pierre Laborie

Essai d’Histoire sur le sujet. L’auteur retrace les évolutions de l’opinion française de la fin des années 30 et sous le gouvernement de Vichy, en se basant sur les archives de la presse de l’époque et les synthèses faites par les préfets de Vichy en se basant sur l’interception du courrier (comme quoi on critique la Surveillance Globale mais ça file plein de matière aux historien.nes).

L’auteur montre que l’état du discours public et de l’opinion publique de la fin de la IIIe République a facilité le glissement vers Vichy : fake news en masse notamment sur la situation internationale, confusionnisme des positions politiques (entre le pacifisme, l’antifascisme, l’anticommunisme, les retournements d’alliance (pacte germano-soviétique) et de position des hommes politiques français…), discours général sur la décadence et la dégénérescence morale… (Toute ressemblance avec la situation actuelle…). La drôle de guerre avec son attente et son absence d’événements suite à la mobilisation puis le choc de la défaite et de l’Exode achèvent de complètement mettre par terre toute possibilité de comprendre ce qui se passe et d’avoir des représentations claires des enjeux.

Sous Vichy même, l’auteur montre comment à la fois les positions « 40 millions de Résistants », « 40 millions de Collabos » et « 40 millions de personnes qui attendent de voir de quel côté le vent tourne » sont toutes fausses. Le gouvernement de Vichy commence avec une forte adhésion à la personnalité de Pétain, considéré comme se sacrifiant pour la France et l’incarnant (les affiches « Êtes vous plus français que lui », tout ça. Dans un pays qui traverse une crise de l’identité nationale, Pétain fait office de repère, d’ancrage pour cette identité. Il y a une rumeur persistante qu’il travaille de concert avec De Gaulle et qu’il a un plan sur le long terme où il mène les Allemands par le bout du nez (là aussi on peut dresser des // avec Q-anon). Cette adhésion initiale à la figure de Pétain est d’abord concomitante à une adhésion au gouvernement de Vichy mais s’en détache rapidement, avec Laval comme figure repoussoir du gouvernement qui prêche la collaboration. Puis l’image de Pétain se dégrade elle aussi, il perd son aura de chef qui fait ce qu’il peut au fur et à mesure, il est plus pris en pitié.

En parallèle, les sentiments à l’égard de la Résistance évoluent au fur et à mesure qu’elle se structure : beaucoup de sentiments négatifs restent présent jusqu’à la fin envers les maquis comme faisant courir des risques à la population, mais en // ces maquis ne peuvent se maintenir que grâce à de larges réseaux de solidarité à travers la population. La répression démesurée des maquis fait qu’à chaque fois que les gens sont gênés par leurs actions, ils ont une démonstration immédiate que l’antithèse est largement pire. La collaboration accrue au fur et à mesure du temps de l’État Français avec les autorités allemandes (actions de police conjointe, mise en place du STO) décrédibilisent de plus en plus Vichy comme une figure incarnant une France indépendante face à l’Allemagne (et aux autorités d’occupation) pour l’afficher comme un État vassal, et renforce la Résistance comme la figure d’une France indépendante.

L’auteur montre aussi que les Français.es restent largement désinformés et dans l’attentisme pendant la guerre : l’évolution des sympathies est précocement du côté des Alliés et de la Résistance, avant que le conflit ne bascule en leur faveur, mais les préoccupations quotidiennes (le rationnement notamment) et le flou des infos fait que cette approbation ne se traduit pas en actions.

En conclusion, l’auteur dit que le trait principal de l’opinion publique durant la période est l’ambivalence. Si les Français étaient majoritairement et précocement favorables à la Résistance, cette approbation ne s’est traduite en actes que pour une très petite minorité. Mais cette absence de soutien effectif à la Résistance ne veut pas dire ni une approbation de Pétain, ni de Vichy, et encore moins de la Collaboration qui est très tôt un repoussoir pour une très grosse majorité.

J’ai toujours rêvé d’être un gangster, de Samuel Benchetrit

Film français de 2008. J’ai beaucoup aimé. Le film est tourné en noir et blanc avec de vieilles caméras qui donnent un grain à l’image, avec des plans fixes ou des travelings et zoom légers. L’histoire se passe en 2008, mais tous les lieux où elle prend place sont vieillots, ce qui fait que ça pourrait être la France des années 70s. On suit plusieurs séquences qui tourne autour des mêmes lieux ou de personnages qui s’entrecroisent et qui parlent toutes de criminalité, une criminalité idéalisée par ses protagonistes, qui sont essentiellement incompétents en tant que criminel (et du coup assez attachant) et qui zonent dans ces lieux un peu hors du temps en convoquant l’image des gangsters des 30 Glorieuses.

Le film met bien en scène les paysages routiers de l’Île de France, que ce soit la cafétéria ou prend place une grande part de l’action, les énormes lignes électriques à travers champs qui alimentent la capitale, les immeubles défraîchis des années 70 (totalement ma came en terme d’esthétique des zones urbaines un peu en déshérence). Les acteurs sont globalement très bons, surtout ceux qui jouent les cinq anciens vrais gangsters, ainsi que Mouglalis.

Albi au couvre-feu

Petite promenade pour profiter de la soirée. J’ai alterné photographie et arrachage d’autocollants fascistes, excellente promenade.

On commence par la vue la plus emblématique parce que bon y’a des raisons pour qu’elle soit emblématique
La cathédrale depuis l’orée des Lices
Arbre sur fond de briques
Détail d’un immeuble
La cathédrale à la tombée de la nuit

Dumbo, de Tim Burton

Film de 2019, remake du dessin animé de 1941 en film live-action. J’ai pas été subjugué. Il y a de l’argent pour les décors, y’a des choix intéressants sur la façon de rendre hommage au film originel tout en virant certaines parties bien datés (les blagues sur le fait de ne pas filer d’alcool à un bébé, et la scène des éléphants en bulles). Mais le film était trop long et les personnages sont pour beaucoup particulièrement insipides. Holt et ses deux enfants servent essentiellement à commenter l’action, la troupe du cirque ils ont chacun deux lignes, Colette idem. Et comme on a un point de vue humain, les animaux ne parlent pas. Le comportement de Dumbo d’ailleurs varie beaucoup d’un moment à l’autre du film, avec une anthropomorphisation de ce comportement qui s’adapte à ce dont le film a besoin à ce moment.

La partie vraiment intéressante pour moi était celle sur les questions de pouvoir et d’argent sous-jacentes au monde du spectacle. Les personnages les plus réussis sont donc Maximilian Medici et Vandemere (portés par leurs acteurs) et toutes les réflexions sur le prestige, la mise en scène du rêve, le concept de Dreamland (et les besoins d’inviter des banquiers) étaient cools. Mais bon, c’est une intrigue fortement parallèle à l’intrigue impliquant un éléphant avec des grandes oreilles, et mieux vaut voir The Greatest Showman qui traite de ces thèmes avec aussi une approche « film hollywoodien à gros budget » et sans se laisser parasiter par une seconde intrigue.

Small change trilogy, de Jo Walton

Tome 1 : Farthing

Enquête policière au sein d’une uchronie. En 1940 le groupe de Farthing, une faction du parti conservateur anglais, négocie une « paix honorable » avec Hitler. Pour le Royaume-Uni, la guerre prend fin en 1941. En 1949 où se situe l’action du livre, Hitler est toujours au pouvoir et le Reich et l’URSS sont toujours en guerre sur l’unique front à l’Est.

Lors d’une soirée à Farthing, un des membres du groupe est retrouvé mort. Scotland Yard dépêche un policier sur place pour enquêter. On suit deux points de vue, celui du policier, Carmichael, narré à la troisième personne, et celui de Lucy Kahn, héritière en disgrâce de la famille Eversley a qui appartient le manoir de Farthing.

J’ai beaucoup aimé ce tome 1. Les deux points de vue sont très réussis, ils enquêtent chacun de leur côté en s’attachant à des éléments différents – Lucy est l’héritière d’une société de classe, les questions de statut et de renommée sont cruciales à ses yeux, le policier s’en fiche et de plus les nobles du cercle se couvrent entre elleux du coup il n’a juste pas accès à certaines des infos que Lucy repère – même si elles sont annexes à la résolution du crime c’était assez intéressant de montrer ces points de vue partiels.

Autre point important, le contexte de l’uchronie est distillé au lecteur avec subtilité, pas de « comme vous le savez Burton, en 1941… ». Le fait de situer l’action parmi les acteurs de la divergence aide clairement, mais ça reste très réussi. La mise en scène des compromis(sions) de l’Angleterre avec le fascisme continental (et intérieur ?) est réussie.

Bref, recommandé, et je vais enchaîner sur la lecture du T2.

Tome 2 : Ha’penny

Moins convaincu que par le tome 1. L’action sur déroule explicitement quelques semaines après les événements du premier tome, mais on a l’impression par certains éléments d’arrière plans que quelques mois voire années se sont écoulés, j’ai l’impression que ça aurait mérité une bonne relecture pour bien cadrer ça, c’est un peu dommage. Il y a aussi moins l’effet « découverte du monde qu’il y avait dans le premier tome et qui participait beaucoup du plaisir. Le côté monde du théâtre et mise en scène de Hamlet est intéressante (j’ai beaucoup aimé le coup du casting genderswapped), mais aurait mérité d’être plus qu’un arrière plan (surtout que mise en scène de Shakespeare et tyrannie, y’a des précédents, que ce soit dans la culture générale avec Lubitsch ou dans le genre de l’uchronie avec Ruled Britannia). Ça reste sympa à lire, mais en terme de whodunnit et de rythme général c’est clairement pas au niveau du premier.

Tome 3 : Half a Crown

Dix ans après les événements des deux premiers tomes. Carmichael est désormais à la tête de la police politique du Royaume-Uni. On suit toujours son point de vue, et celui d’une nouvelle narratrice, Elvira, sa fille adoptive, élevée dans la gentry sans vraiment en faire partie, qui s’apprête à être présentée à la Reine en tant que débutante, pendant que le Royaume-Uni s’apprête à accueillir la grande conférence de paix qui réglera la question du partage du territoire de l’ancienne URSS entre le reich allemand et l’empire japonais. On retrouve un peu du rythme du premier tome, sur ce point je l’ai préféré au second. Par contre je suis un peu perplexe sur l’évolution du personnage de Carmichael, que l’autrice nous présente comme un gentil qui fait ce qu’il peut en sous-main, mais bon c’est quand même littéralement le chef de la Gestapo, quoi. Le livre arrive bien a présenter comment dans cet univers alternatif fasciste plein de trucs horribles sont discutés tout naturellement par les personnages, ça fait un peu cringer mais c’est volontaire. Mais je pense que ça aurait été intéressant d’avoir plus directement le point de vue de personnage moins dans des positions de pouvoir (typiquement Jacobson a l’air d’être un personnage vachement plus intéressant que Carmichael à ce stade de l’histoire). Un peu perplexe sur la fin aussi, qui d’un coup balaye toute la complexité des enjeux politiques pour basculer sur un début de happy end parce que [deus ex monarchie].

Globalement je recommande la lecture de la trilogie, mais c’est surtout le premier tome qui est vraiment réussi, petite baisse de régime ensuite.

Terminus Radieux, d’Antoine Volodine

Roman post-exotique français. Un futur indéterminé, après la chute de la Deuxième Union Soviétique. Dans un no man’s land irradié, deux soldats atteignent le kolkhoze Terminus Radieux. L’un d’eux va y être accueilli, l’un d’eux va repartir avec un train de soldats qui cherchent un camp de prisonniers où ils seront pris en charge. Les deux ne savent pas très bien s’ils sont toujours vivants, déjà morts ou dans un état intermédiaire. Le kolkhoze est dirigé par une espèce de chaman qui contrôle la réalité même autour de lui et règne en tyran sur l’ensemble de l’univers perceptible. La réalité est trouble, les événements se répètent, l’espoir d’une vie meilleure est mort, mais les personnages continuent d’aller de l’avant dans un décor immuable. C’était un peu à mi chemin entre En Attendant Godot et Une vieille histoire (mais en réussi).

J’ai bien aimé, mais ne vous attendez pas à beaucoup d’action.

Alice et le maire, de Nicolas Pariser

Film français de 2019. Une jeune femme lettreuse est engagée dans le cabinet du maire de Lyon pour faire de la prospective. Le maire est socialiste à l’ancienne, pris dans les jeux de courant du Parti, et surtout déprimé. Alice va rapidement le remotiver en lui parlant un peu de fond, mais elle se rend compte que son poste a été envisagé comme un poste un peu bouche trou, elle est supposée distraire le maire mais ne pas aller trop loin dans la réflexion, et remplir des missions random pour la directrice de cabinet en parallèle. Mais son influence sur le maire fait qu’elle est rapidement débarrassé des côtés annexes, et en même temps vue comme une éminence grise qui a le maire sous son emprise. Sauf que de son côté elle est déprimée par l’univers de la politique, le maire lui annonce des trucs en privé avant de prendre le contre-pied en public, et elle sait pas trop ce qu’elle fait.

Je sais pas trop ce que j’en ai pensé. Le début est bien, ça parle beaucoup mais c’est le concept du film, de grandes réflexions sur la politique. Mais la dépression d’Alice arrive d’un seul coup puis disparaît aussitôt, les volte-faces du maire n’ont aucun impact sur sa relation avec Alice… le scénario n’est pas très réaliste de ce point de vue là, on sent qu’après avoir installé des trucs ils ne savent pas trop comment finir. J’ai aussi été un peu dérangé par la façon dont le scénario élude totalement les enjeux de relation asymétrique. On a un maire qui est un homme politique blanc et âgé, qui sait se montrer cassant avec certains subordonnés, il convoque la jeune héroïne dans son bureau à 22h et elle elle est tranquille, tout se passe bien tout le monde est sympathique ? Pour un film sorti en 2019 c’est ne pas se poser beaucoup de questions.

Bref, début sympa puis pas de conclusion.